Emplois vacants : le gouvernement évoque 375 000 postes en Belgique, mais est-ce réel ?

Les chiffres sur les emplois vacants en Belgique divergent fortement. Entre 160.000 et 375.000 postes, qui dit vrai ? Un écart qui interroge.

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Emplois vacants : le gouvernement évoque 375 000 postes en Belgique, mais est-ce réel ? Crédit : Shutterstock | Econostrum.info - Belgique

Les chiffres sur les emplois vacants en Belgique font débat. Tandis que le ministre de l’Emploi évoque 375.000 postes non pourvus, d’autres sources parlent de chiffres bien plus bas. Alors, qui dit vrai ? Un écart majeur s’est creusé, mettant en lumière des méthodes de comptabilisation bien différentes.

Mercredi dernier, lors d’un débat sur la RTBF, une importante contradiction a été mise en évidence entre les chiffres avancés par l’Office national de l’emploi (Onem) et ceux fournis par Statbel, l’organisme fédéral des statistiques. Selon Statbel, environ 160.000 emplois sont vacants en Belgique, alors que le ministre de l’Emploi évoque le chiffre de 375.000 postes vacants. Ce grand écart soulève de nombreuses questions sur l’exactitude et la méthode utilisée pour recueillir ces données.

Méthodologies différentes, chiffres différents

Pour comprendre cette différence, il faut d’abord s’intéresser aux méthodes utilisées par les deux institutions pour collecter les informations. Statbel se base sur les résultats d’enquêtes, réalisées selon la définition internationale du chômage de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui est particulièrement utile pour les comparaisons internationales. Ces enquêtes sont compilées et permettent de dresser un tableau précis des emplois vacants dans le pays. Ce chiffre de 160.000 postes vacants, bien que déjà élevé, repose donc sur des bases méthodologiques solides.

L’Onem, quant à lui, utilise une méthode différente : il demande aux offices régionaux de l’emploi (VDAB, Actiris, Forem et ADG) de lui communiquer le nombre d’offres d’emploi disponibles sur leurs sites internet. Les chiffres sont compilés pour chaque trimestre, mais cette méthode pose problème. En effet, l’Onem additionne les résultats des trimestres, incluant ainsi plusieurs fois les mêmes offres qui restent vacantes pendant plus d’un trimestre. Ainsi, une offre publiée en janvier et non pourvue avant décembre peut être comptabilisée quatre fois, ce qui gonfle artificiellement le chiffre final.

La réalité des chiffres concernant les emplois vacants

Le chiffre de 375.000 offres d’emploi vacantes, avancé par le ministre Clarinval, est donc largement surestimé. Après analyse, la RTBF a estimé que 236.664 offres étaient réellement vacantes en Belgique, d’après les chiffres fournis par les trois principaux offices régionaux de l’emploi (VDAB, Actiris et Forem). Ce nombre reste bien inférieur à celui cité par le ministre, et il faut également souligner que ces offres sont principalement concentrées en Flandre, alors que la majorité des demandeurs d’emploi résident en Wallonie et à Bruxelles.

Au-delà de la question des chiffres, se pose également celle de la qualité des emplois vacants. Beaucoup de ces postes restent non pourvus non pas parce qu’ils ne trouvent pas preneur, mais parce qu’ils ne correspondent pas aux qualifications des demandeurs d’emploi ou parce qu’ils offrent des conditions de travail précaires. Ce phénomène soulève des interrogations sur la véritable adéquation entre l’offre et la demande sur le marché de l’emploi.

Vers une réévaluation des données ?

Face à ces divergences, il est légitime de se demander si le chiffre de 375.000 emplois vacants peut réellement refléter la réalité du marché de l’emploi belge. Les données actuelles montrent une grande disparité entre les différentes régions et entre les secteurs, avec une concentration des offres en Flandre et un sous-emploi plus prononcé en Wallonie et à Bruxelles. Les autorités belges devront peut-être revoir leur méthode de comptabilisation pour offrir une vision plus précise et plus honnête de la situation de l’emploi dans le pays.

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