Depuis l’adoption du « deal pour l’emploi » en 2022, tous les salariés belges bénéficient d’un droit individuel à la formation de cinq jours par an. Cette mesure, pensée pour renforcer l’adaptabilité des travailleurs et accompagner la transition du marché du travail, se heurte à une application partielle dans la réalité.
Une enquête récente menée par le prestataire de services RH Acerta met en lumière le décalage entre le droit théorique et son usage effectif. Malgré l’évolution rapide des compétences requises dans de nombreux métiers, la majorité des travailleurs et des entreprises ne mobilise pas pleinement ce droit.
Une utilisation timide du droit à la formation chez les travailleurs
Selon les résultats de l’enquête menée par Acerta auprès de 2.000 travailleurs et 500 entreprises, seuls 41,1 % des salariés belges déclarent qu’ils utiliseront les cinq jours de formation auxquels ils ont droit cette année. Ce chiffre reste relativement stable malgré les efforts institutionnels pour encourager l’apprentissage continu. À l’inverse, près de 10 % affirment qu’ils ne suivront aucune formation, et 23,5 % hésitent encore à en faire usage.
Plusieurs raisons expliquent cette sous-utilisation. D’une part, la perception de la formation reste souvent négative, perçue comme une contrainte ou une charge supplémentaire, notamment pour ceux qui estiment que leur emploi ne nécessite pas de mise à jour régulière des compétences. D’autre part, une méconnaissance des possibilités offertes par ce dispositif persiste : de nombreux travailleurs ignorent qu’ils peuvent se former à des compétences transversales, et non exclusivement en lien avec leur poste actuel.
Le profil des moins formés est également bien identifié. D’après Laura Couchard, experte en formation chez Acerta, ce sont souvent les ouvriers et les salariés de plus de 55 ans qui recourent le moins à la formation. Ces publics déclarent ne pas trouver de programmes adaptés à leurs fonctions, ou ne pas percevoir l’utilité de s’engager dans une formation. Pourtant, ces mêmes catégories de travailleurs seront parmi les plus exposées aux effets de l’automatisation et à la montée de l’intelligence artificielle dans les prochaines années.
Des entreprises partiellement engagées dans la dynamique
Le manque d’engagement ne se limite pas aux travailleurs. Côté employeurs, l’enquête révèle que seulement 43,7 % des entreprises offrent effectivement les cinq jours de formation annuels prévus par la loi. Une part quasiment équivalente se limite à proposer entre un et quatre jours, principalement dans les petites et moyennes entreprises. Ces structures font face à des difficultés spécifiques : manque de temps, budget restreint, ou absence d’outils administratifs adaptés pour planifier des formations.
Ce déficit structurel affecte la capacité des entreprises à accompagner les parcours de montée en compétences, au moment où l’évolution des métiers devient plus rapide. Dans ce contexte, les entreprises se retrouvent elles aussi en décalage avec les objectifs de la réforme. Le droit à la formation est là, mais il reste peu structuré et insuffisamment valorisé dans les pratiques managériales quotidiennes.
Face à ces limites, le gouvernement fédéral envisage de revoir le modèle en place. L’une des pistes étudiées serait de réintroduire une part collective dans le dispositif, afin de mieux adapter les formations aux besoins réels de certains métiers ou secteurs en tension. Cette approche permettrait de corriger l’un des effets pervers du système actuel : offrir cinq jours de formation à tous, sans distinction, peut s’avérer peu pertinent. Certains postes nécessitent davantage de jours, d’autres beaucoup moins, ce qui rend difficile l’accès à des parcours plus longs, faute de financement complémentaire.
Laura Couchard résume cette situation en appelant à plus de ciblage : pour qu’une politique de formation porte ses fruits, elle doit être alignée sur les besoins spécifiques, tant du côté des employeurs que des salariés. En clair, la souplesse du dispositif et la qualité de l’accompagnement sont les conditions nécessaires pour que le droit à la formation ne reste pas lettre morte.