Le mois de mai 2025 a marqué une nouvelle étape importante pour l’épargne des Belges. Selon les chiffres récents de la Banque nationale de Belgique, le volume des dépôts sur les comptes d’épargne a franchi la barre des 290 milliards d’euros.
Ce montant est d’autant plus significatif qu’il n’avait pas été atteint depuis juillet 2023, une période où les ménages avaient retiré une grande partie de leurs fonds pour investir dans des obligations d’État. Cette nouvelle tendance soulève plusieurs questions sur les motivations des Belges et les implications économiques d’une telle évolution.
Un retour aux valeurs sûres : hausse marquée des dépôts
En mai 2025, les comptes d’épargne belges ont enregistré une augmentation mensuelle de 4,4 milliards d’euros, atteignant ainsi un total de 290,3 milliards d’euros, selon la BNB. Cela marque une reprise importante après une période d’incertitude, où les comportements d’épargne étaient moins prévisibles. Cette progression est particulièrement notable après les retraits massifs de liquidités observés en 2023, lorsque les ménages belges ont cherché à investir dans des obligations d’État pour profiter des avantages fiscaux. Ce phénomène de retrait avait d’ailleurs poussé les dépôts en dessous de 290 milliards, une situation que l’on n’avait pas observée depuis près de deux ans.
Derrière cette hausse des dépôts, plusieurs facteurs peuvent expliquer la tendance. Tout d’abord, il est nécessaire de prendre en compte l’impact des taux d’intérêt. En effet, après une période de taux très bas, les taux d’intérêt ont progressivement augmenté ces derniers mois, rendant l’épargne plus attrayante. Les Belges semblent ainsi avoir retrouvé confiance dans les produits d’épargne traditionnels, comme les comptes à vue ou les livrets d’épargne, offrant un rendement intéressant comparé à des placements plus risqués. D’un autre côté, l’inflation reste un sujet d’inquiétude, mais elle a eu pour effet paradoxal de pousser les ménages à placer davantage d’argent de côté plutôt que de consommer. L’incertitude économique, exacerbée par la guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques, pousse également à la prudence, favorisant un retour à une épargne de précaution.
Cette nouvelle dynamique pourrait indiquer une certaine stabilité retrouvée dans l’économie belge. Mais les chiffres ne mentent pas : après plusieurs mois de retrait, les Belges choisissent de se protéger contre l’incertitude par des placements relativement sûrs. Dans ce contexte, la Banque nationale de Belgique a estimé que cette tendance pourrait se poursuivre dans les mois à venir, mais il sera essentiel de suivre l’évolution des conditions économiques pour mesurer la pérennité de cette hausse.
Les enjeux d’une épargne renforcée dans un contexte économique incertain
La tendance actuelle de l’épargne pourrait avoir plusieurs conséquences sur l’économie belge et plus largement sur la stabilité du système financier. D’une part, cette épargne accrue pourrait donner un coup de pouce à la solidité des institutions financières. En effet, les banques bénéficient directement des dépôts des ménages, qu’elles utilisent pour financer des prêts à d’autres secteurs de l’économie, ce qui renforce leur capacité d’action. Une forte épargne permet également de maintenir une certaine liquidité sur les marchés, facilitant ainsi l’octroi de crédits et le soutien à la consommation.
Cependant, une épargne trop importante peut aussi avoir des effets pervers. Si les ménages choisissent massivement de ne pas consommer, cela peut ralentir la dynamique économique, en particulier dans les secteurs de la consommation et des services. Une économie dans laquelle les ménages épargnent davantage qu’ils ne consomment risque de connaître une croissance plus lente. D’autre part, si cette épargne n’est pas accompagnée de nouveaux investissements ou de dépenses en biens durables, l’économie peut se retrouver dans une situation de stagnation. Ce paradoxe de l’épargne – entre nécessité de sécurité et frein à la croissance économique – doit être pris en compte par les décideurs économiques et les institutions financières.
L’autre dimension à considérer est l’impact potentiel sur les inégalités économiques. Si certains ménages parviennent à augmenter leur épargne grâce à une augmentation de leurs revenus ou une meilleure gestion financière, d’autres, moins privilégiés, peuvent être contraints à consommer pour répondre à leurs besoins quotidiens. L’écart entre les ménages qui peuvent se permettre d’épargner et ceux qui sont dans une situation de précarité pourrait ainsi se creuser, exacerbant les disparités socio-économiques.








