Colis perdus : de la promesse de surprise à un marché de plus en plus fabriqué

Le marché des colis perdus se développe rapidement, avec une offre croissante et des pratiques qui interrogent sur leur origine réelle.

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Colis perdus : de la promesse de surprise à un marché de plus en plus fabriqué. Crédit : FTV | Econostrum.info - Belgique

La revente de colis perdus connaît un développement rapide, portée par un concept basé sur l’achat de paquets dont le contenu est inconnu. Une enquête présentée dans l’émission « Coûte que coûte, le bureau des arnaques », animée par Benjamin Maréchal, met en évidence des pratiques qui exposent les consommateurs à des risques de tromperie.

Le principe repose sur la vente de colis non livrés, proposés au poids sans indication sur leur contenu. L’acheteur accepte ainsi une part d’incertitude, avec la possibilité de recevoir des objets de valeur variable. Selon Benjamin Maréchal, « On s’attend à trouver des pépites. Sauf qu’on a affaire ici à des gens qui ont dépensé des centaines d’euros et qui se retrouvent avec des serre-têtes… ». Il précise également : « Et surtout, il n’y a aucune garantie : le vendeur ne s’engage que sur le poids, jamais sur ce qu’il y a dedans. »

Cette absence d’engagement sur le contenu limite les possibilités de recours en cas de déception ou de produits défectueux.

Une multiplication de colis présentés comme « perdus »

Avec l’augmentation de la demande, des offres se multiplient sur internet et dans certains points de vente. Une partie de ces colis est présentée comme issue de livraisons non abouties. Selon l’enquête, certains opérateurs proposent en réalité des produits issus de déstockage ou de retours clients. Benjamin Maréchal indique : « C’est de plus en plus du déstockage déguisé », rapportent nos confrères de RTL.

Un ancien employé, désigné sous le prénom Lucas, décrit une organisation structurée : « On faisait entre 400 et 500 kilos par jour de faux colis (…). Il y avait quelqu’un qui ne faisait que ça : remettre des produits dans des emballages pour faire croire à des colis perdus. »

Des indices qui interrogent sur l’origine des colis

L’enquête relève plusieurs éléments matériels. Certains colis apparaissent en état neuf, sans traces d’acheminement, tandis que des étiquettes similaires sont reproduites en série. Laurent Depardieu, fondateur d’un concept de revente de colis perdus en France, déclare : « Un colis qui a fait 15.000 kilomètres ne peut pas être propre, ce n’est pas possible ». Lucas évoque également la composition des paquets : « C’était de la remballe… plein de petits objets pour que le client ait l’impression d’en avoir pour son argent. »

Le fonctionnement économique repose sur l’achat de marchandises à faible coût. Les opérateurs peuvent se procurer des invendus ou des retours, puis les conditionner et les revendre comme colis perdus. Laurent Depardieu explique : « Ils achètent un camion à 5.000 euros au lieu de 20.000 et le revendent comme colis perdu ». Cette différence de coût permet de générer une marge importante.

Dans certains cas, ces pratiques peuvent relever d’infractions pénales. Les faits peuvent être qualifiés d’escroquerie, avec des sanctions pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 200.000 euros d’amende.

Un cadre juridique limité pour les consommateurs

Les possibilités de recours restent restreintes pour les acheteurs. En acceptant le principe d’un achat sans garantie de contenu, le consommateur valide une transaction fondée sur l’aléatoire. Benjamin Maréchal résume cette situation : « Vous achetez des kilos et un suspense, rien d’autre ». Il ajoute : « Même quand vous êtes déçu, il n’y a pas vraiment de solution, parce que le vendeur ne s’est jamais engagé sur ce qu’il y avait dedans ».

À l’origine, les colis perdus existent réellement. Une partie des commandes non distribuées devient la propriété des acteurs logistiques, qui peuvent ensuite les revendre. Selon l’enquête, la demande dépasse désormais l’offre disponible, ce qui favorise l’apparition de colis fabriqués pour répondre au marché.

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