Alors que les premières exclusions du chômage entrent en vigueur, la situation des intérimaires interroge. Perçus comme demandeurs d’emploi malgré des missions régulières, ils risquent de sortir du système faute de reconnaissance administrative de leur activité.
La question du statut des intérimaires est devenue centrale dans le débat sur la réforme du chômage. Ces personnes, souvent jeunes, alternent missions courtes et périodes d’inactivité. Pourtant, d’un point de vue administratif, elles restent fréquemment considérées comme demandeurs d’emploi, même lorsqu’elles travaillent de manière régulière.
Selon le Forem, un tiers des personnes inscrites comme demandeurs d’emploi depuis plus de 20 ans a travaillé au cours des six derniers mois. Ce chiffre grimpe à 40 % pour les bénéficiaires d’allocations d’insertion, généralement plus jeunes. Ces données montrent que le lien entre emploi intérimaire et inscription comme chômeur reste courant.
Des critères rigides pour « sortir » du chômage
Pour ne plus être comptabilisé comme demandeur d’emploi, un intérimaire doit avoir travaillé 28 jours de manière continue. Et pour réinitialiser complètement son compteur et ne plus figurer parmi les chômeurs de longue durée, il faut au moins trois mois d’activité ininterrompue.
Or, la réalité du travail intérimaire est tout autre : contrats hebdomadaires, voire journaliers, interruption entre les missions, missions fractionnées sur plusieurs jours non consécutifs. Il devient alors extrêmement difficile de remplir les conditions requises pour sortir durablement du statut de demandeur d’emploi.
Des congés non reconnus comme du travail effectif
Un autre point de friction concerne les congés annuels. Bien que les intérimaires y aient droit, ils ne sont généralement pas sous contrat pendant cette période. En conséquence, les jours de congé ne sont pas pris en compte comme du temps de travail effectif, ce qui réduit leurs droits futurs, notamment pour le calcul des allocations de chômage.
Cette situation crée une forme de discrimination structurelle : chaque jour non couvert par un contrat peut fragiliser l’accès au chômage, ou accélérer l’exclusion du système pour les personnes déjà précaires.
Une pression croissante à l’approche de 2026
Alors que les premières lettres d’exclusion ont déjà été envoyées par l’ONEM, plusieurs syndicats tirent la sonnette d’alarme sur les conséquences pour les intérimaires. La précarité du statut rend leurs droits plus instables et leur visibilité administrative plus floue, ce qui pourrait entraîner des exclusions massives, malgré une activité professionnelle réelle et régulière.
Les intérimaires se trouvent ainsi à la frontière administrative entre emploi et chômage, dans un cadre légal qui ne reflète pas la réalité de leur parcours. Cette contradiction pourrait devenir un enjeu majeur dans les mois à venir, à mesure que la réforme du chômage entre en application.








