Le marché du travail belge montre des signes d’instabilité croissante, alimentés par une perte de fidélité des salariés envers leurs employeurs. Une étude récente menée par Acerta Consult et Stepstone révèle que près de deux tiers des travailleurs du pays envisagent de changer d’employeur dans l’année à venir.
Ce chiffre, inédit depuis trois ans, reflète une tension persistante entre les attentes des actifs et les réponses des entreprises. À l’heure où les pénuries de main-d’œuvre touchent de nombreux secteurs, ces résultats viennent questionner la capacité des employeurs à retenir leurs talents.
Un désir de mobilité professionnelle généralisé
Selon l’enquête menée par Acerta auprès de 2.700 travailleurs belges, 64 % d’entre eux déclarent avoir l’intention de changer d’employeur d’ici douze mois. C’est un niveau qui n’avait plus été atteint depuis 2022, lorsque le taux s’élevait à 65 %. Seuls 36 % des personnes interrogées affirment ne pas envisager un changement professionnel à court terme. Ce déséquilibre marque un recul notable de l’engagement salarié et met en lumière une volonté de renouveau dans les parcours professionnels.
Dans le détail, la nature du changement souhaité varie. 44 % des sondés expriment le désir de quitter à la fois leur secteur et leur fonction actuelle. Parmi eux, 26 % souhaitent travailler dans une fonction totalement différente, tandis que 18 % souhaitent rester dans le même type de poste, mais dans un autre secteur. Par ailleurs, 15 % des répondants aimeraient simplement changer d’employeur tout en conservant leur domaine et leur fonction. Enfin, 5 % envisagent une rupture plus nette : ils souhaitent abandonner le statut de salarié pour devenir indépendants.
Ces chiffres illustrent une dynamique de transition importante, qui dépasse le simple malaise passager. Les motivations profondes n’ont pas été détaillées dans cette étude, mais le contexte laisse supposer un cumul de facteurs : manque de perspectives d’évolution, insatisfaction salariale, déséquilibre entre vie privée et vie professionnelle, ou encore besoin de sens dans le travail. L’experte RH Maria Ferritto, d’Acerta Consult, rappelle à ce sujet que « les entreprises doivent prendre en compte cette volonté de mouvement et adapter leur politique de fidélisation en conséquence ».
Les jeunes générations ne sont pas en reste. Un chiffre attire particulièrement l’attention : 28 % des travailleurs de moins de 30 ans indiquent vouloir rester chez leur employeur actuel durant toute leur carrière. Cela peut sembler modeste, mais selon Maria Ferritto, « il est supérieur à ce que l’on pourrait supposer ». Ce paradoxe suggère que les jeunes sont à la fois porteurs d’une aspiration à la stabilité, mais également critiques envers les environnements de travail qui n’y répondent pas.
Un marché de l’emploi perçu comme moins dynamique
Ce désir de changement ne s’accompagne toutefois pas d’un optimisme aveugle. L’étude révèle que 40 % des personnes souhaitant changer d’employeur estiment qu’il leur faudra plusieurs mois pour trouver un emploi correspondant à leurs attentes. C’est une hausse significative par rapport à l’année précédente, où cette proportion était de 33 %. Dans le même temps, seuls 28 % des répondants estiment pouvoir décrocher un nouveau poste en quelques semaines, un chiffre en recul par rapport à 2024 (où ils étaient 32 %).
Ces données traduisent un sentiment de frilosité du marché. La conjoncture actuelle, marquée par une incertitude économique persistante, ne favorise pas la fluidité des recrutements. En parallèle, les répondants signalent également être moins approchés par des recruteurs que les années précédentes, ce qui tend à confirmer un certain ralentissement des dynamiques d’embauche. Pour Maria Ferritto, la réalité est claire : « Il reste plus facile de changer d’emploi que de trouver du travail si l’on n’en a pas (encore) ».
Ce constat souligne une difficulté pour les chômeurs à réintégrer le marché, mais aussi pour les employeurs à convaincre des salariés en poste de prendre le risque du changement. Dans ce climat, le rapport de force se tend : les entreprises doivent redoubler d’efforts pour séduire et retenir leurs collaborateurs, tandis que les travailleurs avancent avec prudence, pesant le pour et le contre d’une mobilité désormais plus complexe.








