Tabac : ce qu’il faut savoir sur les restrictions appliquées dès ce 1er avril en Belgique

Depuis ce 1er avril, la vente de tabac est interdite en grande surface en Belgique. La visibilité des produits est aussi restreinte ailleurs.

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Tabac : ce qu’il faut savoir sur les restrictions appliquées dès ce 1er avril en Belgique | Econostrum.info - Belgique

Ce changement découle d’une modification de la loi du 24 janvier 1997 relative à la protection de la santé des consommateurs. Il s’inscrit dans une stratégie de santé publique du gouvernement fédéral, visant notamment à aboutir à une génération sans tabac. En ciblant la visibilité des produits, les autorités espèrent en limiter l’attrait, en particulier chez les jeunes.

Cette réforme soulève aussi des réactions contrastées du côté des commerçants, qui doivent adapter leurs espaces de vente à ces nouvelles contraintes, parfois sans soutien financier.

Une interdiction totale pour les grandes surfaces

À partir de ce 1er avril, tous les supermarchés belges sont interdits de vente de tabac. Sont concernés l’ensemble des produits : cigarettes, cigares, cigarillos, tabac à priser, tabac à mâcher, tabac à rouler, tabac à pipe et à chicha, produits de tabac chauffé et leurs appareils, cigarettes électroniques avec ou sans nicotine, e-liquides, produits à base de plantes à fumer comme le CBD, ainsi que les autres produits similaires aux produits du tabac.

Cette mesure s’applique également à d’autres points de vente tels que les stations-service, les librairies presse ou les shops situés dans les zones duty-free, où l’interdiction porte sur la simple exposition des produits. Désormais, ils doivent être totalement invisibles aux clients, que ce soit dans les vitrines ou sur les présentoirs.

Tout manquement expose les commerçants à des peines sévères. Comme le précise Le Soir, les sanctions vont d’un mois à un an de prison, assorties d’amendes pouvant aller de 2 000 à 800 000 euros. En cas d’infractions répétées, une fermeture temporaire du commerce peut être prononcée, d’une durée allant d’une heure à 30 jours.

Les commerçants de la vape particulièrement affectés

Parmi les plus touchés par la nouvelle réglementation figurent les vendeurs de cigarettes électroniques. Ne pouvant plus exposer leurs produits ni en vitrine ni en magasin, certains professionnels s’inquiètent. Interrogé par la RTBF, l’un d’eux illustre la situation par une analogie : « C’est comme si vous rentriez dans un magasin d’alcool et que vous ne voyiez pas d’alcool. Ou comme si vous rentriez dans un restaurant et qu’il n’y a pas de cuisinier, et même pas de menu ».

Ce vendeur juge ces règles injustes et considère qu’elles désavantagent volontairement le secteur de la vape en Belgique. Il va jusqu’à affirmer que les autorités « ne veulent pas de la vape en Belgique » et qu’elles « se cherchent un peu des excuses pour la faire disparaître ».

Le malaise est partagé par d’autres acteurs. Xavier Deville, président de l’organisation professionnelle Prodipresse qui représente les librairies presse, critique une mesure « incompréhensible ». Il rappelle qu’après avoir adopté les paquets neutres avec des images choquantes, l’État impose désormais de cacher ces paquets, ce qu’il juge incohérent. Il souligne également le coût de mise en conformité, avec des commerçants contraints de réaménager leurs boutiques sans aide extérieure, alors que la rentabilité du tabac reste très faible : « 30 euros brut sur 1 000 euros de tabac vendu ». « Certains ont même investi dans des caméras intelligentes pour vérifier l’âge des clients », ajoute-t-il.

Il évoque aussi les contraintes pratiques de la nouvelle loi : « Un libraire qui reçoit entre 300 et 400 clients par jour perd du temps à ouvrir et fermer une armoire pour chaque paquet de cigarettes ».

Des adaptations variables selon les points de vente

Tous les commerçants ne vivent pas ces changements de la même manière. Michaël Bourguignon, libraire à Genappe, explique à la RTBF qu’il n’a pas eu à engager de frais pour se mettre en conformité. Il a simplement transféré les produits de leur étagère habituelle vers une petite armoire invisible pour les clients. Il y voit même un bénéfice personnel : « C’est un soulagement de ne plus avoir toutes ces photos de gens qui souffrent de maladies liées au cancer sous les yeux toute la journée ».

Il note aussi que cette interdiction dans les supermarchés commence à se traduire par un transfert de clientèle. Certains clients, avertis par les enseignes que la vente y est désormais interdite, se tournent vers des librairies comme la sienne. Cela pourrait, selon lui, compenser les pertes dues à la concurrence des achats au Luxembourg.

Enfin, l’organisation CIMABEL, qui regroupe les fabricants de cigarettes, alerte sur une possible conséquence indirecte : le renforcement du commerce illégal de tabac. Elle rappelle qu’actuellement, plus d’une cigarette sur trois consommées en Belgique proviendrait déjà de circuits non officiels.

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