Le Parlement danois a validé une loi repoussant l’âge légal de la retraite à 70 ans à partir de 2040. Cette décision, bien que prévue depuis 2006, marque un tournant psychologique et politique dans la gestion du vieillissement.
D’autres pays européens ont déjà lié la retraite à l’espérance de vie, mais aucun n’avait encore franchi la barre des 70 ans. En Belgique, le débat se réactive alors que l’âge légal de départ passera à 67 ans d’ici 2030.
Une réforme danoise ancienne mais décisive
L’augmentation de l’âge de la retraite à 70 ans au Danemark n’est pas une décision soudaine, mais la conséquence d’un accord conclu en 2006 entre les principaux partis politiques du pays. Cet accord avait instauré un lien automatique entre l’espérance de vie et l’âge de la retraite. Avec l’espérance de vie danoise en progression constante, l’âge légal augmentera à 68 ans dès 2030, puis atteindra 70 ans en 2040. Le vote du Parlement n’a été qu’une validation formelle de cette progression déjà actée.
Le Danemark devient ainsi le premier pays européen à oser un tel seuil, alors que d’autres nations comme la Suède, les Pays-Bas, l’Italie ou le Portugal appliquent également un mécanisme similaire d’indexation, mais avec des âges plafonnés autour de 67 ans. Pour l’expert du marché du travail Jan Denys, ce cap des 70 ans est “un très grand pas psychologique”, qui symbolise un changement de décennie et donc un bouleversement dans la perception collective du travail et de la vieillesse, relate 7sur7.be.
Cette décision n’est pas sans controverse. Bien que largement soutenue par les partis danois, elle a provoqué des réactions vives, notamment de la part des personnes exerçant des métiers pénibles. L’expert souligne que “vieillir plus longtemps ne signifie pas vivre plus longtemps en bonne santé”. Il évoque aussi les inégalités sociales : les personnes peu qualifiées ont une espérance de vie plus courte et des conditions de santé plus précaires, ce qui rend la perspective d’un travail prolongé particulièrement difficile pour elles.
Une Belgique prudente face à un débat socialement explosif
En Belgique, l’âge légal de la retraite a été fixé à 66 ans en 2025, puis à 67 ans en 2030. À cette date, la Belgique se rapprochera donc du modèle danois, qui prévoit 68 ans pour la même échéance. Jan Denys estime que ce rapprochement rend la comparaison inévitable : « Cela ne représente qu’un an de moins que le système danois ».
La Belgique n’a pas encore inscrit l’espérance de vie comme critère automatique d’ajustement de l’âge de la retraite. Le débat reste toutefois actif, car les données démographiques posent la question de la soutenabilité à long terme. L’un des principaux freins à une telle réforme est le climat social. Toute tentative de relever encore l’âge de la retraite pourrait provoquer des contestations massives, comme ce fut le cas récemment au Danemark.
Selon Denys, « attendons d’abord de voir comment le relèvement de l’âge de la retraite à 67 ans est digéré dans notre pays ». Il estime néanmoins probable qu’un futur gouvernement envisage un nouvel allongement de la vie active, notamment parce que les Belges commencent leur carrière plus tardivement. Le fait que beaucoup arrêtent de travailler avant l’âge légal de la retraite complique aussi le débat, puisqu’une partie de la population quitte déjà le marché du travail de manière anticipée.
L’expert insiste sur la nécessité d’intégrer la notion de “vie en bonne santé” dans les discussions. Tous les citoyens ne vieillissent pas de la même manière, et les parcours professionnels inégaux devraient, selon lui, être pris en compte dans toute réforme future.








