Les inégalités sociales en Belgique francophone atteignent de nouveaux sommets, mais leur prise en compte diminue au fil des années. Alors que l’indice composite de bien-être (IBE) a chuté de 8,4 % depuis 2015, un nombre croissant de citoyens semble désormais considérer ces disparités comme une réalité inévitable. Une tendance qui soulève des questions sur la perception de la justice sociale et sur les solutions pour inverser cette dynamique inquiétante.
L’enquête annuelle menée par Solidaris, la mutualité socialiste, révèle des données alarmantes sur l’évolution des inégalités sociales en Belgique francophone. L’Indice Composite de Bien-Être (IBE), qui mesure la qualité de vie des Belges, a diminué de manière significative en une décennie, passant de 56,9 en 2015 à 52,1 en 2025. Bien que cette baisse ne soit pas totalement surprenante, ce qui l’est davantage, c’est l’attitude des citoyens face à cette situation : la proportion de personnes percevant les inégalités comme insupportables a chuté de 73 % à 64 % au cours de la même période, une tendance qui suggère une acceptation progressive de ces écarts socio-économiques.

Des inégalités marquées entre les hommes et les femmes
L’étude, qui a été réalisée auprès de 1 000 Belges francophones, met en lumière des disparités particulièrement marquées entre les différents groupes sociaux. Les femmes, par exemple, affichent un indice de bien-être de 48,7, soit une diminution de 11,8 % par rapport à 2015, tandis que les hommes affichent un indice de 55,8 (-5,1 %). Les personnes issues de milieux sociaux précaires souffrent encore davantage, avec un indice de bien-être de seulement 44,1, en chute de 11,8 %. À l’inverse, les plus favorisés affichent un indice de 58,5 (-4,6 %).
Les plus vulnérables, en particulier ceux en incapacité de travail, sont les plus touchés par cette aggravation des inégalités. Leur indice de bien-être atteint un seuil alarmant de 32,6, soit une diminution de 10,4 %. En revanche, les travailleurs bénéficient d’un indice de bien-être de 56,8, avec une légère augmentation de 4,4 %. De manière plus générale, entre 2015 et 2025, l’IBE du quart de la population le plus démuni a chuté de 23,1 %, tandis que celui des plus favorisés est resté pratiquement stable.

Une santé fragilisée par les inégalités
L’impact de ces inégalités sur la santé des individus est également préoccupant. Selon l’enquête, près de deux tiers des personnes en incapacité de travail ont renoncé à au moins un soin en raison de leur situation financière. De plus, elles sont deux fois plus susceptibles de souffrir de symptômes de dépression modérée à sévère que les travailleurs. Solidaris met en garde contre l’aggravation des conditions sociales et leur influence sur la santé, soulignant que plus les difficultés socio-économiques sont importantes, plus la santé des individus se dégrade.
Un autre aspect mis en évidence par l’enquête concerne la perception du système de santé. Alors qu’en 2015, 76 % des répondants estimaient que les soins étaient adaptés à leurs besoins, ce chiffre est tombé à 66 % en 2025. Parallèlement, la part des personnes jugeant la qualité des soins comme excellente est passée de 77 % à 67 %.
Crise de confiance envers les institutions
Le baromètre ne se limite pas aux seuls aspects sociaux et sanitaires. Il révèle également une crise de confiance envers les institutions démocratiques. Environ 80 % des Belges francophones estiment que les responsables politiques ne prennent pas les mesures nécessaires pour améliorer la qualité de vie. La confiance envers les partis politiques est désormais extrêmement faible, avec seulement 8 % des répondants affirmant avoir confiance en eux, contre 79 % de défiance. En outre, 64 % des personnes interrogées jugent que l’offre politique ne répond pas à leurs attentes et considère la démocratie belge comme mal en point.
Jean-Pascal Labille, secrétaire général de Solidaris, souligne que « Lorsque chacun est renvoyé à sa responsabilité individuelle, les inégalités deviennent invisibles, puis acceptables ». Il rappelle que « Une société forte n’est pas une société où chacun se débrouille seul, mais une société où les liens entre les individus sont suffisamment solides pour que les écarts ne deviennent pas des fractures », rapporte 7sur7.








