Réforme du chômage : les CPAS déjà sous tension, et le pire reste à venir

Les exclusions du chômage débutent et les CPAS voient affluer bien plus de demandes que prévu, révélant une pression croissante sur les communes.

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Chômage
Réforme du chômage : les CPAS submergés par une vague inattendue. Crédit : EDA | Econostrum.info - Belgique

Alors que les premières vagues d’exclusion des allocations de chômage débutent en février, les centres publics d’action sociale (CPAS) enregistrent une hausse plus forte que prévu des demandes d’aide. Les prévisions fédérales sont déjà dépassées, faisant craindre une surcharge pour les services sociaux locaux.

En ce début février, environ 19 000 personnes se retrouvent exclues des allocations de chômage ou d’insertion, conséquence de la réforme entrée en vigueur début 2026. Ces exclus sont censés se répartir en trois groupes : un tiers trouverait un emploi, un tiers solliciterait une aide sociale, et le dernier tiers ne réapparaîtrait pas dans les statistiques.

Mais selon les premiers retours de terrain, cette répartition ne tient pas. Dans plusieurs CPAS wallons et bruxellois, entre 40 et 60 % des personnes concernées se présentent pour solliciter un revenu d’intégration sociale (RIS) ou une aide équivalente.

Une vague modeste avant un pic attendu en mars et avril

Les premiers chiffres concernent principalement la plus petite vague d’exclusions, notamment des bénéficiaires d’allocations d’insertion, parfois soutenus par la famille. La suite s’annonce plus lourde : 25 000 personnes supplémentaires devraient perdre leur droit à une allocation dans les deux mois à venir.

À Bruxelles, cela représente un potentiel de 26 000 nouveaux dossiers pour les CPAS, soit un coût estimé à 164 millions d’euros par an.

Des compensations jugées insuffisantes

Le gouvernement fédéral a prévu une compensation dégressive : 100 % du RIS pris en charge la première année, puis 90 %, 80 % et 75 % les années suivantes. Des aides sont également prévues pour le personnel, avec une base indicative d’un travailleur social pour 80 dossiers, explique Le Soir.

Mais selon la Fédération des CPAS wallons, ces compensations sont sous-estimées. L’estimation initiale de 995 millions d’euros sur l’ensemble de la législature pourrait être largement dépassée si la proportion de bénéficiaires continue à grimper.

Des effets structurels pour les CPAS

Plusieurs effets indirects aggravent encore la charge : certaines personnes exclues du chômage se tournent vers le CPAS via des membres de leur foyer, ou reviennent après un passage bref en emploi, pour lequel la prise en charge fédérale diminue. Les CPAS doivent également faire face à une pénurie de personnel qualifié et à une surcharge administrative.

Selon les calculs, il faudrait 1 500 équivalents temps plein pour absorber les flux, contre les 600 à 800 postes que permet la dotation actuelle.

Une réforme du chômage sans étude d’impact

Les responsables des fédérations CPAS critiquent une réforme menée sans étude d’impact préalable. Dans un contexte d’épuisement des équipes après les crises successives (Covid, inflation, précarité énergétique), les structures sociales locales peinent à suivre.

Selon plusieurs observateurs, le risque est clair : un transfert de charges du fédéral vers les communes, sans réels moyens d’accompagnement pour les personnes concernées.

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