La Belgique attire chaque année des millions de visiteurs, friands de découvertes culturelles et patrimoniales. Deux de ses villes les plus emblématiques, Bruges et Gand, subissent une pression croissante liée au tourisme de masse.
Cette affluence perturbe désormais le quotidien des habitants et altère la qualité des visites culturelles. Les autorités locales, confrontées à une situation de saturation, envisagent des mesures strictes pour retrouver un équilibre.
Des groupes trop nombreux qui saturent l’espace public
Les autorités de Bruges et de Gand tirent la sonnette d’alarme face à l’augmentation continue de très grands groupes touristiques. Ces derniers, parfois composés de plus de 60 personnes, se déplacent à travers les centres historiques dans le cadre d’excursions d’un jour, souvent proposées depuis Bruxelles à des tarifs compris entre 40 et 50 euros. Le phénomène concerne en particulier des groupes hispanophones et crée des tensions dans l’espace public. Pieter Deprey, coordinateur de la cathédrale Saint-Bavon de Gand, déplore : « Ils arrivent bruyamment et couvrent les autres groupes », rapporte Sudinfo
Les nuisances sont nombreuses : regroupements bloquant les rues, utilisation de micros amplifiés perturbant la quiétude des lieux, et manque de respect pour les zones patrimoniales payantes ou les commerces locaux. Mieke Thienpont, de l’asbl Gentse Gidsen, témoigne : « Ce sont des groupes énormes. Ils se tiennent au milieu de la rue et reçoivent des explications avec des micros amplifiés. C’est perturbateur et dangereux. » Ce mode de visite express empêche toute réelle immersion dans les lieux et dégrade l’expérience pour les autres visiteurs.
Les professionnels du secteur dénoncent également les pratiques économiques de certains tours opérateurs. Simon Vandekerckhove, de l’agence Legends of Bruges, insiste sur la nécessité de limiter la taille des groupes : « Nous choisissons des petits groupes pour proposer des circuits sur mesure. » Il critique un modèle fondé sur le volume plutôt que la qualité, qui nuit à l’ensemble de la profession. Le faible niveau de rémunération des guides, dépendants des pourboires, est un autre facteur de tension qui pousse à privilégier la quantité.
Vers une régulation plus stricte des groupes et des guides
Face à la multiplication de ces désagréments, la ville de Bruges envisage de modifier son règlement de police. L’objectif est de limiter la taille des groupes à une vingtaine de personnes et d’imposer une formation minimale pour les guides touristiques. L’échevine Minou Esquenet justifie cette orientation : « La masse, c’est de l’argent et la qualité, c’est du gaspillage. » Cette déclaration traduit une volonté ferme de rompre avec une logique purement économique au profit d’une gestion plus qualitative et durable du tourisme.
Gand, de son côté, étudie des pistes similaires pour réguler l’afflux et améliorer la cohabitation entre visiteurs et habitants. Les autorités locales insistent sur la nécessité de préserver l’intégrité des lieux patrimoniaux tout en respectant les rythmes de vie des citadins. Le défi consiste à encadrer les pratiques touristiques sans nuire à l’attractivité de la destination. L’enjeu est d’autant plus complexe que ces villes figurent parmi les étapes incontournables de nombreux circuits internationaux.
Les mesures envisagées s’inspirent de celles déjà adoptées dans d’autres villes européennes confrontées aux mêmes enjeux, comme Amsterdam ou Venise. La régulation de la taille des groupes, la qualification des guides, mais aussi la limitation des excursions d’un jour sont autant de leviers pour désengorger les centres historiques. Ces décisions, bien que délicates à mettre en œuvre, répondent à une demande croissante de régulation de la part des riverains et des acteurs du patrimoine.








