En Belgique, à partir de janvier 2026, il ne sera plus possible de rester chômeur à vie. Une réforme d’ampleur, actée par l’accord de Pâques, va mettre fin au versement des allocations pour les personnes inscrites au chômage depuis plus de deux ans.
Portée par le ministre de l’Emploi David Clarinval (MR), cette mesure est qualifiée de “réforme historique” par le Premier ministre Bart De Wever (N-VA). Derrière ce virage politique fort, une question centrale se pose : que va-t-il advenir des quelque 100.000 personnes concernées par cette exclusion brutale du système ?
Une mesure radicale aux effets territoriaux marqués
La réforme repose sur une règle simple : toute personne au chômage depuis plus de deux ans au 1ᵉʳ janvier 2026 perdra son allocation, sauf exceptions précises. Les exemptions incluent les artistes bénéficiant d’un statut spécifique, les demandeurs d’emploi suivant une formation pour des métiers en pénurie ou médicaux, ainsi que les plus de 55 ans ayant au moins 30 ans de travail à temps partiel. Selon les données de l’ONEM, 100.102 personnes de moins de 55 ans sont concernées, même si une partie pourrait bénéficier d’un des statuts protecteurs, rapporte 7sur7.be.
Cette disposition n’aura pas le même effet dans toutes les régions. Seulement 25 % des personnes touchées résident en Flandre, bien que cette région abrite 60 % de la population belge. En Wallonie, près de la moitié des chômeurs concernés seront impactés, et Bruxelles, malgré une population cinq fois inférieure à celle de la Flandre, compte autant de chômeurs de longue durée. Ces chiffres traduisent une activation plus rapide dans le nord du pays et une pression nettement plus forte sur les populations du sud.
Le gouvernement estime que cette réforme permettra de réaliser près d’un milliard d’euros d’économies dès 2026. L’un des objectifs affichés est de contribuer à relever le taux d’emploi à 80 %, contre 72,3 % actuellement pour les 20-64 ans. Il s’agit d’une condition jugée nécessaire pour assurer la viabilité financière du système de sécurité sociale belge.
Trois parcours possibles pour les ex-chômeurs
Derrière le chiffre global de 100.000, les trajectoires des personnes exclues sont diverses. Une étude citée par le professeur d’économie du travail Stijn Baert (UGent) montre que seul un tiers des personnes concernées – environ 33.000 – retrouvera effectivement un emploi. Cela représenterait une hausse de 0,5 % du taux d’emploi national. Cette progression, jugée modeste, reste néanmoins significative au regard des résultats obtenus sous le précédent gouvernement.
Un deuxième tiers, soit environ 33.000 personnes, devrait se tourner vers le revenu d’intégration sociale (RIS), versé par les CPAS. Ce revenu est généralement inférieur à une allocation de chômage classique. La transition ne sera pas automatique, les démarches sont complexes, et les CPAS manquent déjà de personnel. La pression supplémentaire sur ces structures inquiète les responsables locaux, malgré une enveloppe de 400 millions d’euros débloquée par le gouvernement fédéral pour soutenir les autorités communales.
Le dernier tiers des ex-chômeurs risque de disparaître complètement des radars administratifs. Ni indemnisés, ni encadrés, ces individus seraient en situation d’inactivité totale, sans suivi formel. Selon les experts, cette population est la plus difficile à réintégrer sur le marché du travail, car elle ne bénéficie d’aucun dispositif d’accompagnement. Le risque est qu’une part non négligeable de cette tranche sombre dans une précarité durable et invisible.
Cette réforme marque donc un tournant : elle vise à accélérer l’activation professionnelle, mais au prix d’un transfert du problème vers les CPAS et d’une potentielle augmentation de l’exclusion sociale. Le professeur Stijn Baert reste prudent : “Ce n’est pas un coup de maître, mais une première étape.” Il plaide pour un rééquilibrage fiscal et une réforme plus fine des avantages sociaux afin d’éviter que les incitations à l’emploi ne se heurtent aux logiques de non-recours et de désengagement.








