La réforme de l’AAH a bouleversé le quotidien de nombreux bénéficiaires, mettant fin à la prise en compte des revenus du conjoint dans le calcul de l’aide. Si ce changement permet à certains ménages de voir leur allocation augmenter, d’autres se retrouvent dans une situation moins favorable. Cette évolution suscite autant d’attentes que de critiques.
Depuis le 1er octobre 2023, la réforme de la déconjugalisation de l’AAH a mis fin au calcul de l’allocation en fonction des revenus du couple. Désormais, seul le revenu personnel du bénéficiaire est pris en compte, permettant une meilleure autonomie financière pour les personnes en situation de handicap.
Avant cette réforme, 42 % des couples bénéficiaires voyaient leur AAH réduite ou supprimée en raison des ressources de leur conjoint. Avec cette nouvelle mesure, l’aide est désormais calculée de manière plus juste, en fonction des besoins individuels. Cette modification a un impact direct sur le montant perçu par certains bénéficiaires, avec des hausses atteignant 237 euros par mois pour les foyers les plus aisés qui étaient auparavant exclus du dispositif.
Une augmentation pour les ménages aux revenus élevés
La réforme bénéficie particulièrement aux 60 % de foyers les plus riches parmi les bénéficiaires de l’AAH. Ces ménages, dont les revenus dépassaient souvent les anciens plafonds d’éligibilité, peuvent désormais percevoir l’allocation à titre individuel, augmentant leur capacité financière.
Selon une étude de la CAF, cette mesure permet à certains foyers de réduire leurs dépenses contraintes liées aux soins médicaux ou aux équipements spécialisés. L’impact est également visible sur leur capacité d’épargne, qui aurait progressé de 18 % en moyenne depuis l’entrée en vigueur de la réforme.
Un effet paradoxal pour certains foyers modestes
Si la réforme apporte une avancée pour de nombreux bénéficiaires, 12 % des ménages à faibles revenus voient, au contraire, leur allocation diminuer. Cette situation concerne notamment les couples où l’un des conjoints dispose de revenus personnels modestes, qui permettaient auparavant de maintenir un niveau d’AAH plus avantageux sous l’ancien calcul conjugal.
Par exemple, une personne en emploi à mi-temps percevant 850 euros par mois et vivant avec un conjoint touchant l’AAH pouvait bénéficier d’un revenu total de 1 300 euros. Avec la réforme, le montant de leur allocation globale a diminué de 110 euros, entraînant des difficultés financières pour ces foyers.
Un filet de sécurité pour les perdants de la réforme de l’AAH
Pour éviter que certains bénéficiaires ne subissent une perte brutale de revenus, un dispositif transitoire a été mis en place. Les allocataires peuvent choisir de conserver l’ancien mode de calcul si celui-ci est plus avantageux pour eux. Cette période de transition leur permet de comparer les deux options et d’adopter la plus adaptée à leur situation.
Les Caisses d’Allocations Familiales (CAF) appliquent automatiquement cette comparaison et laissent un délai de six mois aux bénéficiaires pour prendre leur décision. Cette mesure est particulièrement utile dans les zones rurales, où les revenus individuels sont souvent plus fluctuants.
Une avancée sociale, mais des ajustements encore nécessaires
Malgré ces disparités, la réforme de la déconjugalisation de l’AAH est perçue comme une avancée majeure dans la reconnaissance des droits individuels des personnes handicapées. Elle permet à de nombreux bénéficiaires d’accéder à une meilleure autonomie financière, tout en réduisant leur dépendance aux revenus de leur conjoint.
Cependant, certaines critiques persistent, notamment sur la complexité des démarches administratives et le manque d’informations claires concernant les choix disponibles pour les allocataires. Pour assurer le plein succès de cette réforme, il sera essentiel de renforcer l’accompagnement des personnes concernées et d’ajuster les mécanismes pour éviter que certains foyers modestes ne soient pénalisés.