Un salarié ayant couru un marathon alors qu’il était en arrêt maladie a été licencié par son employeur, mais le travailleur a obtenu gain de cause auprès de la justice. L’entreprise devra désormais lui verser plus de 60 000 euros, en plus des salaires impayés et des frais de justice .
Comme le rapporte Ouest-France, cette affaire concerne un salarié recruté en juillet 2024 par une agence de voyages aux Pays-Bas. En décembre de la même année, soit environ six mois après son embauche, il s’est déclaré en incapacité de travail en raison de graves troubles oculaires liés à une maladie musculaire chronique. Avant son arrêt, l’homme préparait un marathon. Il avait expliqué au médecin du travail qu’il rencontrait notamment des difficultés pour conduire et travailler devant un écran, tout en précisant qu’il souhaitait continuer à courir quatre fois par semaine.
L’employeur fait suivre son salarié pendant son arrêt maladie
Pour l'employeur, l’activité sportive du salarié ne collait pas avec le motif de son arrêt maladie. L’agence de voyages estimait que ses entraînements et certains déplacements en voiture étaient difficilement compatibles avec son incapacité à travailler. La direction a alors fait appel à une agence de détectives privés, ces derniers ont suivi le salarié et photographié certains de ses déplacements quotidiens.
Le moment décisif survient le 13 avril 2025, lors du marathon de Rotterdam. Le salarié prend le départ et termine l’épreuve en moins de trois heures et trente minutes. Pour son employeur, une telle performance physique ne pouvait pas être compatible avec son arrêt maladie. L’entreprise a donc pris la décision de licencier le salarié, une décision qui n’est pas passée auprès du travailleur qui a saisi la justice.
Pour les autorités néerlandaises, le raisonnement de l’entreprise ne tient pas la route. Pour cause, les médecins du travail avaient continué à considérer le salarié comme incapable de reprendre son activité professionnelle. Surtout, rien ne démontrait qu’il avait caché ses activités sportives aux professionnels chargés d’évaluer son état. Pour les juges chargés de l’affaire, le fait de pouvoir courir un marathon ne suffit donc pas, à lui seul, à prouver qu’une personne est en état de reprendre son travail.
Le salarié recevra plus de 60 000 euros d’indemnités
Le salarié avait déjà obtenu gain de cause devant le tribunal de Rotterdam en septembre 2025. L’employeur avait fait appel de cette décision, mais la Cour d’appel de La Haye vient à son tour de confirmer le caractère abusif du licenciement. Les magistrats ont notamment retenu le comportement gravement répréhensible de l’entreprise. L’agence devra verser plus de 60 000 euros au salarié au titre des indemnités liées à son licenciement et de la réparation du préjudice.
À cette somme s’ajoutent près de 3 000 euros de salaires impayés et plus de 5 000 euros de frais de justice. Le montant total dépasse donc les 68 000 euros si l’on additionne ces différentes sommes. L’affaire se déroule aux Pays-Bas et ne crée donc aucune règle directement applicable aux salariés français. Elle rappelle néanmoins un principe que l’on retrouve aussi en France : un arrêt maladie ne signifie pas nécessairement qu’un salarié doit renoncer à toute activité physique.
Dans l’Hexagone, la compatibilité d’une activité avec un arrêt dépend notamment de la pathologie, des prescriptions du médecin et des restrictions figurant sur l’arrêt de travail. Une activité interdite par le médecin ou incompatible avec l’état de santé peut entraîner des conséquences, notamment sur les indemnités journalières.
À l’inverse, le simple fait de pratiquer un sport pendant un arrêt ne suffit pas automatiquement à caractériser une fraude. Dans tous les cas, l’activité pratiquée doit rester compatible avec les recommandations médicales et les conditions de l’arrêt.








