Les prix des carburants atteignent des niveaux records, tandis que les propositions se multiplient pour tenter de soulager les automobilistes. Bruno Retailleau, candidat Les Républicains à l’élection présidentielle, propose notamment de supprimer les certificats d’économie d’énergie (CEE), dont le coût est en partie répercuté sur les prix à la pompe.
Cette mesure permettrait d’économiser 8,5 euros sur un plein. Mais, comme le précise Franceinfo, ce montant correspond bien à un calcul simple, mais il repose sur une hypothèse précise : un réservoir de 50 litres et un coût des CEE de 17 centimes par litre. Ainsi, il ne constitue pas une économie identique pour tous les automobilistes.
Les CEE coûtent désormais jusqu’à 17 centimes par litre
Créé en 2005, le dispositif des certificats d’économie d’énergie impose aux fournisseurs d’énergie et aux distributeurs de carburants de financer des actions permettant de réduire la consommation énergétique. Les entreprises concernées doivent atteindre des objectifs fixés par l’État. Elles peuvent notamment obtenir des certificats en participant au financement de travaux d’isolation, au remplacement d’une chaudière, ou encore de dispositifs liés à la mobilité électrique.
Le principe repose donc sur une obligation imposée aux énergéticiens. Ceux-ci peuvent supporter directement le coût correspondant, acheter des certificats sur le marché ou en répercuter une partie sur leurs clients. Pour un automobiliste, cette dernière possibilité se retrouve notamment dans le prix du carburant.
Le poids des CEE a augmenté en 2026. La sixième période du dispositif, qui couvre les années 2026 à 2030, a relevé de 27 % l’obligation annuelle imposée aux fournisseurs d’énergie. Elle passe de 825 à 1 050 TWh cumac par an, dont 280 TWh cumac destinés aux ménages en situation de précarité énergétique.
Cette hausse s’accompagne d’une enveloppe financière qui passe d’environ 6 milliards d’euros en 2025 à plus de 8 milliards d’euros en 2026. Le gouvernement compte notamment utiliser ce mécanisme pour financer davantage d’opérations de rénovation énergétique et certaines aides à la mobilité électrique.
Les distributeurs de carburants ont annoncé une hausse du coût des CEE intégré à leurs prix. Selon les estimations du secteur, celui-ci représentait environ 11 centimes par litre en 2025, contre une fourchette de 15 à 17 centimes en 2026. L’ordre de grandeur de 17 centimes retenu par Bruno Retailleau correspond donc au haut de cette fourchette.
Pour un plein de 50 litres, le calcul est alors très simple : 50 × 0,17 = 8,50 euros. C’est ainsi que l’équipe de Bruno Retailleau arrive à son chiffre. Mais un automobiliste qui remplit un réservoir de 40 litres ne paierait pas 8,50 euros au titre des CEE : à 17 centimes par litre, le montant serait de 6,80 euros. Avec 60 litres, il atteindrait 10,20 euros, et avec 70 litres 11,90 euros. Le montant dépend donc directement de la quantité de carburant achetée.
La Cour des comptes rappelle par ailleurs que le coût des CEE ne se limite pas au carburant. En 2023, elle estimait à 164 euros par an et par ménage le coût moyen du dispositif, contre 120 euros en 2022. Les CEE représentaient alors 4,3 % de la facture énergétique des ménages et environ 0,40 % de leur budget annuel total.
Supprimer les CEE ferait baisser le prix des carburants, mais…
Si les distributeurs ne devaient plus financer les CEE liés aux carburants, une partie du coût actuellement répercuté sur le litre pourrait effectivement disparaître du prix payé par l’automobiliste. Le montant de 8,50 euros par plein de 50 litres correspond donc bien au coût théorique de 17 centimes par litre.
Cependant, cela ne signifie pas automatiquement que chaque automobiliste verra son ticket de caisse diminuer de 8,50 euros. Le prix à la pompe dépend également du cours du pétrole, des coûts de raffinage, du transport, des marges des distributeurs et de la fiscalité. De plus, le mécanisme des CEE repose sur les obligations imposées aux fournisseurs, et non sur une taxe directement prélevée par l’État sur chaque plein.
La suppression du dispositif aurait surtout une autre conséquence : il faudrait trouver une nouvelle source de financement pour les opérations actuellement soutenues par les CEE. Le gouvernement utilise en effet ce mécanisme pour mobiliser plusieurs milliards d’euros en faveur de la rénovation énergétique et de la mobilité électrique. Pour la période 2026-2030, le cadre réglementaire prévoit une obligation totale nettement renforcée par rapport à la période précédente.
La question est donc moins celle de savoir si les CEE ont un coût pour les automobilistes que celle de savoir qui supporterait ce coût si le dispositif était supprimé. Une suppression peut réduire la pression exercée sur les prix des carburants, mais les aides aujourd’hui financées par les CEE devraient alors être réduites, supprimées ou remplacées par un autre mécanisme de financement.








