Prix des carburants : comment la crise mondiale enrichit les grands groupes pétroliers

Alors que les automobilistes paient plus cher leur carburant, les majors pétrolières engrangent des milliards.

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Prix des carburants : comment la crise mondiale enrichit les grands groupes pétroliers - Crédit : Shutterstock | Econostrum.info

La hausse des prix de l’énergie ne profite pas à tout le monde de la même manière. Alors que les automobilistes doivent composer avec des carburants plus chers, les grandes compagnies pétrolières enregistrent des résultats financiers exceptionnels. Au deuxième trimestre 2026, plusieurs majors mondiales ont vu leurs bénéfices progresser fortement, dans un marché bouleversé par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient.

Le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran a profondément perturbé les marchés de l’énergie. Les inquiétudes autour du transport maritime dans le détroit d’Ormuz, une zone stratégique pour l’acheminement mondial du pétrole, ont alimenté les craintes d’une baisse de l’offre disponible. Résultat : les cours du brut ont grimpé, augmentant mécaniquement les revenus des groupes qui produisent et commercialisent des hydrocarbures.

Le mécanisme économique est relativement simple. Les compagnies pétrolières vendent leur production au prix fixé sur les marchés internationaux, notamment celui du Brent. En revanche, leurs coûts d’extraction n’augmentent pas forcément au même rythme. Lorsqu’un baril acheté ou produit coûte relativement peu cher mais peut être revendu beaucoup plus cher grâce à la hausse des cours, la marge augmente fortement.

« Le coût de production d’un baril ne varie pas forcément parce que le prix du pétrole augmente », explique à franceinfo Sylvain Bersinger, économiste et fondateur du cabinet Bersingéco. « Par exemple, TotalEnergies possède des puits aux Etats-Unis ou dans d’autres régions du monde : le coût d’extraction reste relativement stable. Mais si le prix du pétrole mondial augmente, cela devient une marge supplémentaire pour la compagnie ». 

Cette situation explique pourquoi les bénéfices peuvent progresser rapidement sans que les entreprises produisent nécessairement beaucoup plus de pétrole. Les groupes profitent surtout d’un prix de vente plus élevé pour une production dont les coûts restent en partie maîtrisés.

TotalEnergies, Shell, ExxonMobil : des résultats dopés par le pétrole cher

Les chiffres publiés par les grandes compagnies illustrent cette dynamique. TotalEnergies a annoncé un résultat net ajusté de 6 milliards de dollars au deuxième trimestre 2026, contre environ 3,6 milliards de dollars un an plus tôt, soit une hausse de 67 %. Sur l’ensemble du premier semestre, le groupe français a dégagé 11,2 milliards de dollars de bénéfices.

Le groupe a également enregistré un cash-flow de 9,8 milliards de dollars sur le trimestre, bénéficiant d’un environnement favorable pour ses activités de production, mais aussi de marges élevées dans le raffinage.

Les autres géants du secteur profitent eux aussi de cette conjoncture. Shell a annoncé un bénéfice ajusté proche de 9,8 milliards de dollars au deuxième trimestre 2026, plus du double du niveau enregistré un an auparavant. Aux États-Unis, ExxonMobil et Chevron ont cumulé plus de 26 milliards de dollars de bénéfices sur la période, avec respectivement environ 14,5 milliards et 12 milliards de dollars.

Ces résultats relancent le débat sur les « superprofits » réalisés pendant les périodes de crise. Certains responsables politiques et associations dénoncent une situation où les ménages subissent une hausse des dépenses liées aux transports tandis que les producteurs d’énergie enregistrent des gains historiques. Donald Trump a notamment critiqué ExxonMobil et Chevron, estimant que les entreprises pétrolières profitaient excessivement de la situation.

Des profits records déjà observés lors des précédentes crises énergétiques

L’envolée actuelle rappelle d’autres périodes de fortes tensions sur les marchés pétroliers. Dans les années 1970, les chocs pétroliers provoqués par des crises géopolitiques avaient déjà entraîné une flambée des prix et une augmentation des revenus des compagnies productrices.

Plus récemment, la crise énergétique déclenchée après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 avait provoqué une explosion des bénéfices des majors. TotalEnergies avait alors enregistré un bénéfice net record de 19,5 milliards de dollars sur l’année, un niveau qui avait suscité de nombreuses critiques.

Pour les économistes, la hausse des profits des groupes pétroliers s’explique donc principalement par la structure du marché mondial : les entreprises ne créent pas les crises qui font monter les prix, mais elles bénéficient d’un environnement où la valeur de leurs ressources augmente rapidement.

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