La hausse du coût de la vie continue de mettre sous pression le pouvoir d’achat des salariés les moins rémunérés en Europe. Si le montant du salaire minimum constitue un indicateur clé pour comparer les niveaux de rémunération entre pays, il ne suffit pas à mesurer le niveau de vie réel. Les dernières données publiées par Eurostat montrent d’ailleurs que les écarts se réduisent une fois le coût de la vie pris en compte et que l’inflation a pesé sur les revenus de nombreux travailleurs au cours du premier semestre 2026.
Les chiffres publiés par Eurostat pour le second semestre 2026 confirment que les écarts de salaire minimum restent très importants en Europe. En valeur nominale, le Luxembourg occupe toujours la première place avec un salaire minimum mensuel brut fixé à 2 771 euros. Il devance l’Irlande (2 391 euros), l’Allemagne (2 343 euros), les Pays-Bas (2 338 euros) et la Belgique (2 234 euros).
La France se classe juste derrière ce groupe de tête avec un Smic mensuel brut de 1 867 euros. Elle fait ainsi partie des six pays européens où le salaire minimum dépasse largement les 1 500 euros par mois. Derrière elle figurent notamment la Slovénie (1 482 euros), l’Espagne (1 425 euros), la Lituanie (1 153 euros), la Pologne (1 119 euros), Chypre (1 088 euros), ainsi que la Grèce et le Portugal, tous deux à 1 073 euros.
À l’autre extrémité du classement, la Bulgarie affiche le salaire minimum le plus faible parmi les États membres de l’Union européenne avec 620 euros. En incluant les pays candidats à l’adhésion, l’Ukraine ferme la marche avec seulement 169 euros, devant la Moldavie (313 euros). Au total, cinq pays européens dépassent le seuil des 2 000 euros de salaire minimum mensuel brut, tandis que quinze restent sous la barre des 1 000 euros, dont plusieurs pays candidats.
Eurostat rappelle toutefois que ces montants ne permettent pas, à eux seuls, de comparer le niveau de vie des salariés. Les différences de prix entre les pays peuvent modifier sensiblement le pouvoir d’achat réel.

Le pouvoir d’achat rebat les cartes et l’inflation pèse sur les salariés
Une fois les salaires minimums convertis en standards de pouvoir d’achat (PPS), le classement évolue. Cette unité de comparaison tient compte du coût de la vie dans chaque pays afin de mesurer ce que les revenus permettent réellement d’acheter. L’Allemagne prend alors la première place avec 2 164 PPS, devant le Luxembourg (2 108 PPS), les Pays-Bas (2 023 PPS), la Belgique (1 922 PPS) et l’Irlande (1 756 PPS).
La France conserve une position favorable puisqu’elle fait partie des pays dont le salaire minimum dépasse 1 500 PPS, aux côtés de la Slovénie, de l’Espagne et de la Pologne. À l’inverse, certains pays remontent nettement dans le classement grâce à un coût de la vie plus faible. La Roumanie gagne ainsi huit places, passant de la 20e à la 12e position, tout comme la Macédoine du Nord. La Serbie progresse de cinq rangs, tandis que l’Estonie recule de la 16e à la 26e place.
L’étude met également en évidence l’impact de l’inflation sur les salariés rémunérés au salaire minimum. Entre janvier et juillet 2026, seuls huit des 29 pays étudiés ont revalorisé leur salaire minimum. La Macédoine du Nord enregistre la plus forte hausse (+6,9 %), devant la Roumanie (+6,8 %), l’Estonie (+6,8 %), la Belgique (+5,8 %), la Grèce (+4,5 %), le Luxembourg (+2,5 %), la France (+2,4 %) et les Pays-Bas (+1,9 %).
Dans le même temps, l’inflation a atteint 3,2 % dans la zone euro entre janvier et juillet, ce qui signifie que les salariés au salaire minimum ont perdu du pouvoir d’achat réel dans plusieurs pays où aucune revalorisation n’est intervenue. Cette situation est particulièrement marquée en Turquie, où l’inflation a atteint 17,8 % entre décembre 2025 et juin 2026. Le pays ne revalorisant désormais son salaire minimum qu’une seule fois par an, les travailleurs rémunérés au minimum légal ont vu leur pouvoir d’achat se dégrader fortement malgré les importantes augmentations accordées ces dernières années.
Enfin, Eurostat rappelle que cinq États membres de l’Union européenne ne disposent toujours pas d’un salaire minimum légal : l’Italie, le Danemark, la Suède, l’Autriche et la Finlande.








