Face à la baisse progressive du nombre de foyers raccordés au réseau, les factures de gaz pourraient augmenter fortement dans les prochaines années. Dans un rapport consacré à l’avenir des infrastructures gazières à l’horizon 2050, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) alerte sur un mécanisme qu’elle décrit comme un « effet ciseau ». Derrière ce terme technique, l’enjeu est simple : moins d’usagers, mais des coûts de réseau qui restent élevés et doivent toujours être financés.
Selon la CRE, le système du gaz repose sur des infrastructures coûteuses qui ne disparaissent pas même si les clients sont moins nombreux. Aujourd’hui, environ 10 millions de foyers utilisent encore le gaz en France, contre 11,17 millions en 2021. Cette baisse devrait continuer dans les prochaines années.
Le problème est que les réseaux de transport et de distribution du gaz doivent être entretenus et financés, même si leur utilisation diminue. Comme ces coûts sont répartis entre les usagers restants, chaque client doit payer une part plus importante. C’est ce que la CRE appelle un « effet ciseau », c’est-à-dire une situation où deux tendances évoluent en sens opposé : moins de consommateurs, mais des charges fixes qui restent élevées, comme le rapporte RMC Conso.
Le régulateur explique ainsi que « D’ici à 2050, les charges relatives aux infrastructures gazières baissent moins fortement que la consommation et le nombre de clients dans l’ensemble des scenarii, induisant un ‘ciseau’ tarifaire, en raison du nombre limité d’actifs libérables et de l’apparition de coûts de démantèlement dans le scenario de décroissance rapide ».
Dans le scénario le plus rapide de baisse de consommation, la CRE estime même que les coûts du réseau pourraient augmenter d’au moins 3,5 % par an, hors inflation, jusqu’en 2050. Cette hausse concerne uniquement les coûts structurels du gaz, sans prendre en compte les variations du prix de l’énergie elle-même.
Le gaz et la hausse des factures pour les ménages
Cette évolution pourrait avoir un impact direct sur les factures. Le 1er juillet, le prix repère du gaz a déjà augmenté de 7,4 %, touchant des millions de foyers dont les contrats sont indexés sur ce prix.
Mais selon la CRE, cette hausse reste limitée par rapport à ce qui pourrait arriver à long terme. Une autre étude du Bureau européen des unions de consommateurs (Beuc) évoque même une possible augmentation des factures allant jusqu’à 53 % d’ici 2030.
Le risque principal concerne surtout la répartition des efforts entre les ménages. Ceux qui peuvent quitter le gaz, souvent des propriétaires vivant en maison individuelle, sont généralement les plus aisés. À l’inverse, les ménages plus modestes, souvent locataires ou en logement collectif, ont moins de possibilités de changer de système de chauffage.
Ils pourraient donc rester dépendants du gaz et subir davantage la hausse des coûts. La CRE reconnaît ce risque et estime qu’il faut « trouver la bonne répartition des charges entre les consommateurs actuels et futurs permettant d’atteindre un niveau de tarifs soutenable en 2050, sans néanmoins pénaliser excessivement les consommateurs d’aujourd’hui ».
Dans ce contexte, la question du gaz dépasse la simple facture énergétique. Elle pose aussi un enjeu d’équité et d’adaptation du système énergétique français à long terme.








