« Mesures extrêmement impopulaires » : la Cour des comptes propose des coupes dans les soins et les transports pour réduire le déficit de la Sécu

Un effort d’environ 40 milliards d’euros sera nécessaire d’ici 2030 pour réduire le déficit de la Sécu, selon la Cour des comptes

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Sécurité sociale
Sécu : les « mesures extrêmement impopulaires » que recommande la Cour des compte pour réduire le déficit - Crédit : Canva | Econostrum.info

La Cour des comptes alerte sur une dégradation rapide des finances sociales françaises et estime qu’un effort d’environ 40 milliards d’euros sera nécessaire d’ici 2030 pour ramener la Sécurité sociale à l’équilibre. Dans un rapport rendu public ce mercredi, l’institution décrit une situation qu’elle juge « mauvaise » et « se détériore », dans un contexte marqué par le vieillissement de la population et la hausse continue des dépenses de santé.

Le déficit de la Sécurité sociale a atteint 21,6 milliards d’euros en 2025, soit un doublement en deux ans et un niveau record hors période Covid depuis 2012. Le gouvernement avait fixé un objectif de réduction à 19,4 milliards d’euros en 2026, mais la Cour des comptes estime ces prévisions fragiles, évoquant notamment un risque de dérapage budgétaire supplémentaire.

Elle identifie un écart possible de 1,2 milliard d’euros lié à des hypothèses jugées trop optimistes sur les recettes et les dépenses, ainsi qu’un risque additionnel de 3 milliards d’euros en 2026 en lien avec les effets macroéconomiques de la crise au Moyen-Orient. Le rapport souligne que « Au-delà de 2026 et jusqu’en 2029, avant même de subir les effets de ce choc macro-économique, les déficits sociaux devaient rester supérieurs à 20 Md€ par an ».

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Des pistes d’économies jugées « extrêmement impopulaires » pour combler 40 milliards

Pour atteindre l’équilibre d’ici 2030, la Cour des comptes recommande un effort structurel d’environ 10 milliards d’euros par an, combinant les mesures déjà envisagées par le gouvernement (4 milliards) et des économies supplémentaires de 6 milliards. L’objectif serait de résorber progressivement un déficit structurel estimé à 40 milliards d’euros sur la période.

Le président de la sixième chambre de l’institution résume l’ampleur du défi en affirmant qu’il faudra prendre « vraiment une somme de mesures qui sont extrêmement impopulaires ». Il ajoute : « Si la mesure magique à 40 milliards existait, on la connaîtrait ».

Parmi les leviers identifiés, la santé constitue le principal poste d’ajustement. Les inefficiences hospitalières représenteraient 4,2 milliards d’euros par an, notamment en raison de séjours jugés « anormalement longs » ou « évitables ». L’institution estime que « nous avons chaque jour 30 000 patients qui ne devraient pas être dans les hôpitaux », et propose de développer les soins ambulatoires et l’hospitalisation à domicile, avec un gain potentiel de 1,3 milliard d’euros sur quatre ans.

Autre levier majeur : les transports sanitaires, dont le coût atteint 6,15 milliards d’euros en 2024. La Cour propose de restreindre les conditions de prise en charge et de revoir les prescriptions, tout en estimant les pertes liées à la fraude et aux erreurs de facturation à environ 640 millions d’euros.

Les soins dentaires constituent également une dépense en forte hausse, atteignant 15,7 milliards d’euros en 2024, avec une croissance annuelle moyenne de 3,8% depuis 2018. Les honoraires moyens des chirurgiens-dentistes s’élèvent à 302 000 euros par an, tandis que les orthodontistes atteignent 725 000 euros, les plus hauts revenus du secteur médical libéral.

Enfin, la Cour évoque des pistes de recettes supplémentaires, comme l’élargissement de certaines franchises médicales, susceptible de générer 600 millions d’euros, ainsi que la réduction de niches sociales et le réajustement des allègements de cotisations.

Le rapport rappelle aussi que la branche vieillesse affiche un déficit de 7,1 milliards d’euros en 2025, aggravé par la suspension partielle de la réforme des retraites, confirmant une pression durable sur l’ensemble du système social. « Les modalités d’ajustement relèvent de choix politiques et sociaux qu’il n’appartient pas à la Cour de trancher, mais elle souligne l’importance, dans les circonstances actuelles, de ne pas laisser s’installer durablement le déficit de ces régimes ».

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