Alors que les relations économiques entre l’Union européenne et les États‑Unis s’enveniment, la question de la dépendance européenne aux systèmes de paiement américains est de plus en plus mise en avant. Visa et Mastercard, deux géants américains des paiements par cartes bancaires, dominent une grande partie des transactions en Europe.
Selon le Sénat , ces acteurs « gèrent aujourd’hui plus de 70 % des transactions électroniques européennes », un quasi‑duopole lié à l’absence de systèmes interopérables européens capables de remplacer ces réseaux internationaux. Cette dépendance a attiré l’attention de responsables politiques européens.
La députée Aurore Lalucq, coprésidente de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, a récemment mis en garde contre les risques d’une trop forte exposition de l’Union européenne à des réseaux contrôlés par des entreprises américaines. Elle a souligné que « les systèmes de paiement par carte appartiennent souvent aux entreprises américaines Visa et Mastercard » et que cela représente une vulnérabilité stratégique.
Cette inquiétude n’est pas simplement théorique. Comme le rappelle 20 Minutes, des experts expliquent que les systèmes de paiement américains, soumis à la législation et aux sanctions américaines, pourraient être utilisés comme un outil de pression politique ou économique. Cela s’est déjà produit dans d’autres contextes : des entreprises européennes et des personnes ciblées par des sanctions américaines se sont retrouvées privées d’accès à des services financiers et numériques américains, parfois du jour au lendemain.

Dans ce scénario, un arrêt volontaire ou forcé de l’accès à Visa et Mastercard en Europe mobiliserait des conséquences importantes. Selon certains acteurs du secteur, « si demain l’OFAC décide de sanctionner un pays ou toute l’Union européenne, ces réseaux devront obéir », comme cela a été le cas avec l’Iran dans le passé. Ce type de suspension serait « économiquement douloureux pour les États‑Unis », mais « sans commune mesure avec le coût pour l’Europe », en raison de l’ampleur de la dépendance du continent à ces réseaux.
Scénarios alternatifs européens et impact potentiel
Un tel arrêt des services de Visa et Mastercard en Europe reste hypothétique, mais il illustre l’impact potentiel d’une dépendance jugée trop forte. Aujourd’hui, plusieurs voix politiques et économiques insistent sur la nécessité de développer des solutions européennes de paiement afin de renforcer l’autonomie économique du continent. Des initiatives existent déjà : l’European Payments Initiative (EPI) vise à créer un portefeuille de paiement paneuropéen indépendant des réseaux américains, avec des solutions basées sur les virements instantanés SEPA. Toutefois, ce projet progresse lentement et peine à atteindre une adoption large des commerçants et des consommateurs.
Un autre axe de réflexion est le développement de l’euro numérique, une monnaie numérique émise par la Banque centrale européenne (BCE) conçue pour réduire la dépendance aux réseaux internationaux en facilitant les paiements électroniques directs et souverains. Ce projet avance à grand pas et pourrait, à terme, fournir une alternative aux paiements par cartes traditionnelles, bien que sa mise en œuvre à grande échelle pose encore des défis techniques et réglementaires.
La domination des réseaux américains ne se limite pas aux cartes bancaires : des solutions alternatives comme Apple Pay et Google Pay, également issues d’entreprises américaines, couvrent une part importante des paiements mobiles en Europe, renforçant encore l’influence de ces acteurs étrangers.
Les conséquences d’une coupure forcée seraient vastes : les consommateurs pourraient se retrouver incapables d’utiliser leurs cartes pour des achats de tous les jours, les entreprises subiraient une perturbation des flux de trésorerie et des paiements transfrontaliers, et les chaînes de paiement internationales seraient profondément affectées. Face à un tel scénario, les décideurs européens envisagent de renforcer la souveraineté numérique et financière du continent, non seulement pour des raisons de sécurité économique, mais aussi pour garantir la résilience de son système financier face aux bouleversements géopolitiques








