Face à un climat économique incertain et à des perspectives jugées faibles en France, de plus en plus de patrons d’entreprise orientent leur stratégie vers l’international. Un mouvement inédit qui marque un tournant dans les priorités du monde économique.
En 2026, 38 % des dirigeants français envisagent de se développer dans un nouveau pays, selon le baromètre annuel mené par Eurogroup Consulting, BFM Business et La Tribune Dimanche. Ce chiffre, inédit depuis la création de l’étude en 2006, témoigne d’un glissement stratégique majeur dans un contexte national jugé peu favorable à l’investissement. La part des entreprises qui projettent de renforcer leur présence directe à l’étranger atteint désormais 56 %, contre 36 % un an plus tôt.
Ces ambitions ne concernent pas seulement les grands groupes mais aussi les entreprises de taille intermédiaire (ETI), qui accélèrent leur implantation sur des marchés porteurs hors de l’Hexagone. Parmi les zones privilégiées figurent l’Europe, pour sa proximité logistique et réglementaire, mais aussi l’Amérique du Nord, où la croissance est jugée plus dynamique. Le Moyen-Orient gagne en attractivité, tandis que l’Asie reste une zone stratégique pour nombre de secteurs. En revanche, l’intérêt pour l’Afrique semble s’essouffler, selon les tendances relevées.
Un pessimisme persistant chez les patrons d’entreprises
Ce repli des patrons vers l’international s’explique en grande partie par une perception négative des perspectives économiques en France. Pour la troisième année consécutive, les chefs d’entreprise se déclarent majoritairement pessimistes pour leur activité dans l’Hexagone, une situation inédite depuis la création du baromètre. Le manque de visibilité politique, l’absence de majorité stable à l’Assemblée nationale, la fiscalité et les lourdeurs administratives sont autant de facteurs cités par les dirigeants pour justifier leur prudence.
Si la croissance de 0,9 % enregistrée en 2025 a évité un recul, elle ne suffit pas à inverser la tendance. 83 % des patrons interrogés placent désormais la rentabilité et la compétitivité au cœur de leurs priorités, loin devant les enjeux de transformation environnementale ou numérique. Seuls 8 % considèrent la transition écologique comme prioritaire, contre 15 % un an plus tôt.
Moins d’investissements et d’emplois en France
La tendance se traduit aussi par un repli des projets d’investissement en France. Les patrons sont deux fois plus nombreux à prévoir une baisse de leurs efforts d’équipement dans le pays plutôt qu’une hausse. En matière d’emplois, les recrutements prévus se concentrent désormais à l’étranger, et non sur le territoire national. Cette évolution s’explique par la volonté de réduire les coûts, améliorer les marges et gagner en souplesse, dans un contexte de ralentissement de la consommation intérieure.
Selon les acteurs interrogés, la France reste freinée par des contraintes structurelles. Le président de France Assureurs évoque une accumulation de risques qui bloque les investissements à long terme. Le directeur général de BNP Paribas parle quant à lui d’un défi d’organisation du travail et des compétences, plutôt que d’un besoin d’embauches massives.
Une alerte sur l’attractivité économique française
Ce baromètre reflète une inquiétude grandissante quant à l’attractivité économique de la France. Alors que les entreprises s’adaptent à un monde instable et concurrentiel, elles semblent désormais privilégier l’action à l’attente, en allant chercher des relais de croissance à l’étranger. Les données révèlent une forme de décrochage progressif du tissu économique français, que les pouvoirs publics auront du mal à corriger à court terme, notamment en l’absence de marges budgétaires suffisantes.
À un an de la présidentielle, ce désengagement relatif du secteur privé en France pose la question d’un repositionnement économique et fiscal durable, sans quoi la dynamique internationale des entreprises pourrait se faire au détriment du développement national.








