La hausse de la taxe sur les boissons sucrées, appliquée au printemps 2025, devait décourager la consommation de sodas et renforcer les recettes publiques. Près d’un an plus tard, un effet inattendu apparaît : un circuit d’importation parallèle s’est développé depuis plusieurs pays européens pour contourner cette fiscalité. Résultat : l’État subit un manque à gagner important, alors même que la mesure visait à protéger la santé publique et à remplir les caisses.
Créée en 2018, la taxe soda avait déjà pour but de réduire l’achat de boissons sucrées en augmentant leur prix. Avec la réforme du 1er mars 2025, elle a été renforcée, ce qui a entraîné une hausse visible en magasin. Par exemple, la grande bouteille de Coca-Cola, vendue en moyenne 2,45 euros, a supporté 60 centimes de plus sur son prix final à cause de la taxe, comme le rappelle RTL.
Cette décision s’inscrivait dans une logique de santé publique et de recettes fiscales supplémentaires. La France n’est d’ailleurs pas un cas isol. Plusieurs pays européens appliquent eux aussi des taxes spécifiques sur les boissons sucrées ou des ajustements de TVA pour agir sur les prix et la consommation.
Mais en France, le renforcement rapide de la taxe a creusé un écart de prix avec certains pays voisins. Dans l’Union européenne, les marchandises circulent librement. Cette liberté facilite le commerce, mais elle peut aussi être exploitée pour contourner certaines règles fiscales nationales.
Un marché parallèle structuré et lucratif
Selon une enquête révélée par RTL, un véritable système d’importation parallèle s’est mis en place. Des sociétés créées en France achèteraient d’importantes cargaisons de sodas en Pologne, en Tchéquie, en Allemagne ou dans d’autres pays d’Europe de l’Est. Les produits traversent l’Europe sans difficulté majeure grâce au marché unique. Le problème vient au moment de l’entrée sur le territoire français : ces dizaines de milliers de canettes ne seraient pas déclarées au fisc.
Une fois en France, les boissons seraient revendues à des grossistes disposant d’entrepôts. Ces derniers les distribuent ensuite à des boulangeries, kebabs, snacks et fast-foods indépendants. L’avantage pour ces commerces est simple : ils achètent des sodas moins chers, car ils ne supportent pas la taxe française. Ils peuvent ainsi préserver leurs marges ou proposer des prix plus attractifs.
L’ampleur du phénomène inquiète. Toujours selon RTL, plus de 200 camions de ces boissons entreraient chaque mois en France. Le manque à gagner pour l’État serait estimé « a minima à plus de 20 millions d’euros ». Certains grossistes interrogés jugeraient même ce chiffre en dessous de la réalité. Cette situation intervient alors que la lutte contre la fraude fiscale est présentée comme une priorité par les pouvoirs publics. Les services de contrôle pourraient donc s’intéresser de près à ces importations.

Au-delà de l’aspect fiscal, la question est aussi réglementaire. La DGCCRF impose que les produits alimentaires vendus en France affichent leurs ingrédients en français. Or, une partie de ces sodas importés ne respecterait pas cette obligation.
Enfin, l’enjeu touche également à la santé publique. Ces boissons seraient souvent fabriquées avec du sirop de glucose-fructose plutôt qu’avec du sucre. La réglementation sur les ingrédients diffère selon les pays et la France applique des règles plus strictes. Cette fraude ne concerne donc pas seulement l’impôt, mais aussi l’information et la protection des consommateurs.








