Tabac : près d’une cigarette sur deux en France est issue du marché noir

La France domine le marché noir du tabac en Europe, avec près d’une cigarette sur deux hors du circuit légal.

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Tabac : près d’une cigarette sur deux en France est issue du marché noir. Crédit : Canva | Econostrum.info

En 2024, la France décroche un triste record : elle devient le pays d’Europe où l’on fume le plus de tabac issu du marché parallèle. Selon une étude du cabinet KPMG commandée par Philip Morris, près d’une cigarette sur deux échappe désormais au circuit officiel. Un phénomène massif qui inquiète autant les autorités fiscales que les acteurs de la santé publique.

En effet, l’étude indique que 49,4 % des cigarettes fumées en France l’an dernier ont été achetées en dehors du réseau des buralistes, soit environ 24,7 milliards d’unités. En un an, cela représente une hausse de 13 %. Ce volume place la France loin devant d’autres pays européens, comme l’Ukraine (6 milliards), le Royaume-Uni (5,9 milliards) ou la Grèce (2,5 milliards), et met en lumière l’ampleur du recours aux circuits illicites ou alternatifs.

Ce marché parallèle regroupe à la fois la contrebande, la contrefaçon et les achats transfrontaliers dans des pays où le prix du tabac est nettement inférieur. En Belgique, en Espagne ou au Luxembourg, un paquet se vend entre 4 et 6 euros, contre environ 13 euros en France. L’écart alimente une dynamique d’importation individuelle ou organisée.

Marché noir du tabac : une filière illégale bien organisée

Le phénomène ne se limite pas aux simples achats frontaliers. Des circuits bien organisés, allant des épiceries de quartier aux réseaux sociaux, en passant par les points de vente illégaux urbains, participent activement à la distribution de tabac illicite. Selon le cabinet EY, ce trafic aurait généré plus de 2 milliards d’euros en 2023, avec environ 400 millions de paquets écoulés.

Pour l’industrie du tabac, la cause de cette explosion est claire : la fiscalité française, parmi les plus élevées d’Europe. Les taxes représentent plus de 80 % du prix du paquet, ce qui, selon Daniel Bruquel (Philip Morris), pousse de nombreux fumeurs à chercher des alternatives moins chères, parfois au mépris de la loi.

Une controverse sur les données de l’étude 

L’association Alliance contre le tabac remet en question la méthodologie de l’étude KPMG, commandée par un acteur de l’industrie. Elle avance une part du commerce illicite limitée à 6 % des ventes, selon les données croisées de Santé publique France, de l’Observatoire français des drogues et de la Direction générale des douanes. Elle défend la hausse des taxes comme l’un des outils les plus efficaces pour réduire le tabagisme.

En dépit des divergences sur l’ampleur exacte du phénomène, le développement du marché parallèle soulève des enjeux complexes. Il interroge les politiques publiques en matière de santé, de fiscalité, et de lutte contre les trafics organisés, dans un contexte où la consommation légale continue, elle, à diminuer.

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