Le retrait de la proposition de suppression de deux jours fériés marque la première décision forte du nouveau Premier ministre. Présentée comme un geste d’apaisement dans un climat social tendu, cette annonce vise à ouvrir le dialogue sans provoquer de rupture frontale. Mais malgré ce signal politique, syndicats et oppositions jugent la mesure insuffisante. La mobilisation reste intacte.
Quatre jours après son entrée en fonction, Sébastien Lecornu a mis fin à l’idée de supprimer deux jours fériés, évoquée par François Bayrou pour combler une partie du déficit public. Cette décision a été rendue publique samedi, lors de son premier entretien à plusieurs journaux, dont Ouest-France. Elle intervient alors que le gouvernement prépare le budget 2026 dans un contexte de finances publiques sous pression.
Estimée à 4,2 milliards d’euros d’économies potentielles, cette mesure avait rencontré une large hostilité chez les syndicats, les partis de gauche et dans l’opinion. En y renonçant, le chef du gouvernement espère désamorcer une partie de la contestation tout en construisant des majorités parlementaires de circonstance.
Une réaction syndicale critique malgré l’annulation de la suppression de deux jours fériés
Du côté des syndicats, la réaction est mitigée. La CFDT, par la voix de sa secrétaire générale Marylise Léon, salue une « première bonne nouvelle », mais insiste sur le fait que ce retrait ne peut masquer « la nécessité de revoir en profondeur les équilibres budgétaires et sociaux ». Elle rappelle que les revendications sur les retraites, les salaires et la fiscalité restent entières.
La CGT, par la voix de Sophie Binet, parle d’une « première victoire », mais avertit que « ce n’est qu’un début ». Elle appelle à renforcer la mobilisation prévue le 18 septembre et réclame des décisions immédiates sur plusieurs fronts : abrogation de la réforme des retraites, hausse des salaires et des pensions, et investissements dans les services publics. Pour elle, la non-suppression des jours fériés ne suffit pas à apaiser la colère sociale, qu’elle juge inédite depuis plusieurs années.
Une méthode de gouvernement sous observation
En parallèle de ce geste, Sébastien Lecornu affiche une stratégie fondée sur le dialogue parlementaire, en particulier avec les groupes de la gauche républicaine (PS, écologistes, communistes), tout en excluant toute alliance avec le Rassemblement national. Il souhaite également ouvrir des discussions sur une éventuelle réforme fiscale, sans fermer la porte à des propositions comme la taxe Zucman sur les très hauts patrimoines, tout en défendant la nécessité de préserver le patrimoine professionnel.
S’agissant du recours au 49.3, le Premier ministre se montre prudent : il ne l’écarte pas, mais assure vouloir privilégier le vote parlementaire. Il affirme qu’un passage en force serait « un échec pour tous », et entend jouer la carte du compromis dans une Assemblée fragmentée.
Si ce retrait évite une crise immédiate, il ne règle en rien les désaccords de fond. Les syndicats maintiennent la pression, les oppositions parlementaires attendent des actes, et l’exécutif reste confronté à une équation budgétaire délicate. Ce premier geste de recul stratégique devra être suivi de mesures concrètes, s’il veut réellement ouvrir une nouvelle phase de concertation.








