{"id":112733,"date":"2026-06-08T12:52:00","date_gmt":"2026-06-08T10:52:00","guid":{"rendered":"https:\/\/econostrum.info\/suisse\/?p=112733"},"modified":"2026-06-07T19:54:22","modified_gmt":"2026-06-07T17:54:22","slug":"entreprise-suisse-trump-metaux-sous-marins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econostrum.info\/suisse\/entreprise-suisse-trump-metaux-sous-marins\/","title":{"rendered":"Une entreprise suisse s\u2019allie \u00e0 Trump pour exploiter des m\u00e9taux sous-marins valant plusieurs milliards\u00a0"},"content":{"rendered":"\n

L\u2019exploitation mini\u00e8re des fonds marins n\u2019est plus un sc\u00e9nario lointain r\u00e9serv\u00e9 aux rapports d\u2019experts. Sous l\u2019impulsion de l\u2019administration Trump, un projet port\u00e9 par The Metals Company pourrait ouvrir la voie \u00e0 une extraction commerciale d\u00e8s 2027 dans le Pacifique. <\/p>\n\n\n\n

Dans ce dossier explosif, une entreprise bas\u00e9e dans le canton de Fribourg joue un r\u00f4le central avec le navire charg\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9rer les ressources \u00e0 plus de 4000 m\u00e8tres de profondeur. Entre promesse de m\u00e9taux strat\u00e9giques et inqui\u00e9tudes environnementales, la Suisse se retrouve entra\u00een\u00e9e dans une bataille mondiale o\u00f9 chaque d\u00e9cision peut peser lourd.<\/p>\n\n\n\n

Allseas au c\u0153ur d\u2019un projet minier sous haute tension<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Le projet avance vite, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui inqui\u00e8te. The Metals Company, entreprise canadienne tr\u00e8s active dans la course aux ressources sous-marines, veut extraire des nodules polym\u00e9talliques dans la zone de Clarion-Clipperton, une immense r\u00e9gion du Pacifique situ\u00e9e entre Hawa\u00ef et le Mexique. Ces nodules, souvent compar\u00e9s \u00e0 des galets sombres pos\u00e9s sur le plancher oc\u00e9anique, contiennent plusieurs m\u00e9taux tr\u00e8s recherch\u00e9s, notamment du nickel, du cuivre, du cobalt et du mangan\u00e8se. Ces ressources sont au centre des cha\u00eenes industrielles li\u00e9es aux batteries, aux \u00e9quipements \u00e9lectriques, aux technologies de d\u00e9fense et \u00e0 la transition \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n

Dans cette m\u00e9canique, Allseas occupe une place strat\u00e9gique. L\u2019entreprise, install\u00e9e \u00e0 Ch\u00e2tel-Saint-Denis dans le canton de Fribourg, doit fournir le navire capable de collecter ces ressources \u00e0 tr\u00e8s grande profondeur. Le dispositif pr\u00e9voit de r\u00e9cup\u00e9rer les nodules sur le fond marin, puis de les remonter jusqu\u2019\u00e0 un navire sp\u00e9cialis\u00e9. Ce type d\u2019op\u00e9ration est pr\u00e9sent\u00e9 par ses promoteurs comme une alternative aux mines terrestres, souvent critiqu\u00e9es pour leur impact sur les paysages, les populations locales et la biodiversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019argument s\u00e9duit une partie de l\u2019industrie. Les besoins en m\u00e9taux critiques augmentent avec l\u2019\u00e9lectrification des transports, la production de batteries et la recherche d\u2019approvisionnements moins d\u00e9pendants de la Chine. Pour Washington, le dossier est aussi g\u00e9opolitique qu\u2019industriel, \u00e9crit La Libert\u00e9<\/a>. Acc\u00e9l\u00e9rer l\u2019acc\u00e8s aux ressources des grands fonds permettrait aux \u00c9tats-Unis de s\u00e9curiser des mati\u00e8res premi\u00e8res jug\u00e9es sensibles, tout en r\u00e9duisant leur d\u00e9pendance \u00e0 certains fournisseurs \u00e9trangers<\/a>. Dans cette ru\u00e9e encore balbutiante, Allseas ne se contente donc pas d\u2019un r\u00f4le technique, elle devient l\u2019un des maillons cl\u00e9s d\u2019un projet qui pourrait ouvrir une nouvelle \u00e8re mini\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019administration Trump appuie sur l\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Le changement de rythme vient clairement de Washington. L\u2019administration Trump a engag\u00e9 une proc\u00e9dure plus rapide pour les entreprises qui souhaitent exploiter les ressources des fonds marins dans les eaux internationales. Dans ce cadre, la demande d\u00e9pos\u00e9e par The Metals Company a franchi une \u00e9tape importante aupr\u00e8s des autorit\u00e9s am\u00e9ricaines. L\u2019entreprise esp\u00e8re que l\u2019examen r\u00e9glementaire et environnemental pourra aboutir d\u2019ici le premier trimestre 2027, ouvrant potentiellement la voie \u00e0 une exploitation commerciale dans la foul\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n

Cette acc\u00e9l\u00e9ration bouleverse les \u00e9quilibres internationaux. Normalement, les activit\u00e9s mini\u00e8res dans les grands fonds situ\u00e9s au-del\u00e0 des juridictions nationales rel\u00e8vent de l\u2019Autorit\u00e9 internationale des fonds marins, cr\u00e9\u00e9e dans le cadre de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Or les \u00c9tats-Unis n\u2019ont pas ratifi\u00e9 cette convention. Washington avance donc par sa propre voie r\u00e9glementaire, ce qui alimente les critiques de nombreux \u00c9tats, ONG et juristes sp\u00e9cialis\u00e9s dans le droit international.<\/p>\n\n\n\n

Pour les d\u00e9fenseurs du projet, l\u2019urgence est ailleurs. Les m\u00e9taux contenus dans les nodules polym\u00e9talliques sont pr\u00e9sent\u00e9s comme indispensables \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de demain. L\u2019id\u00e9e est simple, si les pays occidentaux veulent produire davantage de batteries, d\u2019\u00e9quipements \u00e9lectriques et de technologies strat\u00e9giques, ils doivent trouver de nouvelles sources d\u2019approvisionnement. Dans cette logique, les grands fonds deviennent une r\u00e9serve immense, encore peu exploit\u00e9e, mais tr\u00e8s convoit\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n

Cette vision se heurte toutefois \u00e0 une objection majeure. Personne ne ma\u00eetrise vraiment les cons\u00e9quences d\u2019une exploitation industrielle \u00e0 plus de 4000 m\u00e8tres sous la surface. Les grands fonds abritent des \u00e9cosyst\u00e8mes encore largement inconnus. Les scientifiques redoutent les effets du bruit, des panaches de s\u00e9diments, de la perturbation des habitats et de la destruction de formes de vie parfois tr\u00e8s lentes \u00e0 se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer. \u00c0 cette profondeur, une erreur industrielle ne se corrige pas en quelques ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

En Suisse, la pression politique monte autour d\u2019un dossier sensible<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

La participation d\u2019une entreprise suisse<\/a> au projet donne une r\u00e9sonance particuli\u00e8re au d\u00e9bat. En Suisse, plusieurs voix demandent au Conseil f\u00e9d\u00e9ral de durcir sa position. Le conseiller national vert Rapha\u00ebl Mahaim estime que Berne doit passer des d\u00e9clarations aux actes, notamment si les projets en cours contournent les m\u00e9canismes internationaux de r\u00e9gulation, relate 20Minutes<\/a>. Pour les opposants, l\u2019enjeu d\u00e9passe le cas d\u2019Allseas, il s\u2019agit de savoir si la Suisse accepte de voir l\u2019une de ses entreprises participer \u00e0 une industrie jug\u00e9e risqu\u00e9e avant m\u00eame que des r\u00e8gles mondiales solides ne soient adopt\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

La Suisse fait partie des pays qui soutiennent une pause de pr\u00e9caution ou un moratoire sur l\u2019exploitation mini\u00e8re des grands fonds. Cette position traduit une prudence assez nette. Avant de lancer des op\u00e9rations industrielles, il faut mieux conna\u00eetre les \u00e9cosyst\u00e8mes concern\u00e9s, clarifier les responsabilit\u00e9s et mettre en place des garde-fous solides. Mais la question devient plus d\u00e9licate lorsqu\u2019une entreprise bas\u00e9e sur le territoire suisse participe \u00e0 un projet soutenu par l\u2019administration am\u00e9ricaine.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est l\u00e0 que le dossier devient politiquement explosif. Les promoteurs de l\u2019exploitation sous-marine affirment qu\u2019elle pourrait \u00e9viter l\u2019ouverture de nouvelles mines terrestres et r\u00e9pondre \u00e0 la demande croissante en m\u00e9taux strat\u00e9giques. Les opposants r\u00e9pondent qu\u2019il serait dangereux de d\u00e9placer la pression \u00e9cologique vers l\u2019un des milieux les moins connus de la plan\u00e8te. Entre ces deux discours, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral devra trouver une ligne claire, surtout si le calendrier am\u00e9ricain continue d\u2019avancer.<\/p>\n\n\n\n

La ru\u00e9e vers les m\u00e9taux des grands fonds entre donc dans une phase tr\u00e8s concr\u00e8te. Ce qui ressemblait encore hier \u00e0 un d\u00e9bat th\u00e9orique sur les ressources du futur devient un dossier industriel, juridique et diplomatique. Avec Allseas dans l\u2019\u00e9quation, la Suisse ne peut plus rester simple spectatrice. Elle se retrouve au bord d\u2019un nouveau front minier, loin des Alpes, mais au c\u0153ur d\u2019un bras de fer mondial.<\/p>\n\n\n\n

\n

This industry has come a long way since U.S. pioneers first developed and tested nodule collection technologies. Fifty years on, $TMC<\/a> and Allseas\u2019 test mining campaign shows how decades of offshore innovation have reduced environmental impacts\u2014paving the way for responsible\u2026 pic.twitter.com\/d9NoKa5Rbp<\/a><\/p>— The Metals Company (@themetalsco) April 15, 2026<\/a><\/blockquote>