Voyager en ICE et payer en francs ? L’addition peut grimper de 25 % pour les Suisses

Dans les trains allemands, les voyageurs suisses qui paient en francs voient l’addition grimper nettement par rapport à ceux qui règlent en euros.

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Voyager en ICE et payer en francs ? L’addition peut grimper de 25 % pour les Suisses : Crédit : Dan Kitwood/ Getty Images | Econostrum.info - Suisse

Les voyageurs suisses qui règlent leurs consommations en francs dans les trains allemands paient sensiblement plus cher que ceux qui paient en euros. À bord des ICE de la Deutsche Bahn, l’écart atteint environ 20 %, et même 25 % si l’on tient compte du taux de change actuel entre l’euro et le franc suisse. 

Cette situation suscite des interrogations alors que le franc demeure plus fort que la monnaie européenne depuis plusieurs années. Elle ravive aussi le souvenir des débats sur les pratiques de conversion monétaire dans le tourisme alpin au début des années 2000.

Des prix affichés en francs qui renchérissent l’addition

Un simple passage au wagon-restaurant d’un ICE reliant la Suisse à l’Allemagne suffit à constater la différence. Un grand café au lait est facturé 5 euros, mais 6 francs suisses. Le « petit-déjeuner français », composé d’un croissant, de deux petits pains bio, de beurre et de confiture, coûte 7,90 euros ou 9,50 francs, selon Watson. Un porridge bio aux myrtilles ou pomme-cannelle est affiché à 4,90 euros ou 5,90 francs. Quant au goulash de Szeged avec purée de pommes de terre, il passe de 15,90 euros à 19,10 francs.

Dans ces exemples, les voyageurs qui paient en francs déboursent environ 20 % de plus que ceux qui règlent en euros. Or, le taux de change actuel joue en faveur du franc. Vendredi, un euro valait environ 0,92 franc. Autrement dit, la monnaie helvétique est plus forte que la devise européenne.

La Deutsche Bahn précise que ses clients sur le trafic frontalier germano-suisse peuvent payer en euros ou en francs, en espèces ou par carte. Concernant le taux de conversion appliqué, un porte-parole indique que l’entreprise calcule « une moyenne sur une période plus longue », car une actualisation en temps réel n’est pas techniquement possible. La compagnie ne détaille pas la durée exacte de cette période de référence.

Or, l’évolution récente du change met en perspective cette méthode. L’euro était pour la dernière fois plus fort que le franc suisse le 15 janvier 2023, à 1,0051 franc pour un euro. Depuis cette date, le franc a constamment dominé. En moyenne, en 2023 et 2024, un franc permettait d’obtenir 1,04 euro. En 2025, la moyenne atteignait même 1,059 euro pour un franc. Sur ces trois années, la moyenne s’établit à 1,046.

En pratique, cela signifie que le différentiel ne se limite pas aux 20 % visibles sur les cartes de prix. À ces 20 % s’ajoute environ 4,6 % correspondant à la perte de valeur de l’euro face au franc sur la période considérée. Pour 100 euros de nourriture et de boissons, un client suisse qui paie en francs débourse ainsi environ 125 francs, soit un surcoût total d’environ 25 %.

Un écho aux controverses monétaires des années 2000

Cette situation rappelle un précédent historique. Entre 2000 et 2008, l’euro était nettement plus fort que le franc, oscillant entre 1,45 et 1,65 franc pour un euro. Dans de nombreuses stations de ski et régions touristiques suisses, les commerçants acceptaient les paiements en euros mais appliquaient souvent un taux de conversion de un pour un. Les visiteurs européens perdaient alors entre 30 et 40 % de pouvoir d’achat.

Pour un achat de 100 francs, un touriste aurait dû payer entre 65 et 70 euros au taux de change effectif. Dans les faits, il devait souvent s’acquitter de 100 euros. Cette pratique avait suscité de vives critiques en Allemagne, en Italie et en France. Le quotidien Bild titrait en 2006 « Arnaque dans les Alpes! L’euro vaut autant que le franc », et en 2008 « Les Suisses encaissent nos euros 1:1 ». Der Spiegel évoquait également des facturations en francs avec encaissement en euros.

Des appels au boycott et des plaintes d’associations de consommateurs avaient émergé, dénonçant un manque de transparence et exigeant une indication claire du taux appliqué. La question portait moins sur la légalité que sur l’équité perçue et l’information du client.

La Deutsche Bahn rejette toute comparaison directe avec ces pratiques. Selon son porte-parole, l’entreprise n’a pas connaissance de plaintes accrues de la part des voyageurs suisses. Il affirme même que « le niveau de prix plus bas de la restauration à bord des trains DB est très apprécié par nos voyageurs suisses ».

La comparaison avec les CFF souligne une différence d’approche. Dans leurs trains, les CFF facturent boissons et repas au taux de un pour un, alors que vendredi le franc valait 1,09 euro. Cette politique revient à accepter un taux moins favorable pour l’entreprise, mais plus simple et transparent pour les passagers venant de la zone euro.

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