Le lieu de résidence en Suisse influence fortement le budget des ménages, parfois dans des proportions spectaculaires. Une analyse comparative des loyers, des impôts et des primes d’assurance maladie révèle des écarts considérables entre les communes.
Du canton des Grisons aux rives du Léman, la facture mensuelle peut plus que doubler pour un profil identique. Dans les régions les plus chères, notamment autour de Genève, seuls les ménages les plus aisés parviennent encore à absorber le choc.
Du record de bon marché aux rives les plus exclusives
Une étude établie par Blick et publiée dans le magazine Beobachter, compare deux profils types : une famille avec deux enfants disposant d’un revenu brut annuel de 150’000 francs et vivant dans un appartement de 4,5 pièces, ainsi qu’une personne seule gagnant 100’000 francs bruts par an occupant un 2,5 pièces. Les loyers sont calculés sur la base de contrats effectifs conclus entre l’été 2024 et l’automne 2025, les impôts via le calculateur de l’Administration fédérale des contributions pour 2025, et les primes d’assurance maladie selon la prime médiane régionale.
Résultat : c’est à Medel (Lucmagn), une petite commune grisonne de la haute Surselva comptant près de 500 habitants répartis sur plusieurs hameaux, que la vie est la moins chère en Suisse. Une famille type y consacre un peu plus de 3000 francs par mois pour le loyer, les impôts et les primes d’assurance maladie. Les loyers pour un quatre pièces y sont inférieurs à 1300 francs en moyenne, les impôts avoisinent 1000 francs par mois et les primes restent sous la moyenne nationale.
À l’opposé, sur les rives du Léman, la situation change radicalement. Dans la commune vaudoise de Commugny, la même famille doit débourser environ 7000 francs par mois pour ces trois postes. Autour de Genève, un appartement de 4,5 pièces coûte en moyenne plus de 4000 francs par mois, tandis qu’un 2,5 pièces avoisine les 3000 francs. À ces loyers s’ajoutent des impôts élevés et des primes d’assurance maladie importantes dans le canton de Vaud.
«Cela ne me surprend pas», indique Xavier Wohlschlag, président de la commune de Commugny. Il souligne l’attractivité de la région, proche de Genève et de nombreuses organisations internationales. De nombreux expatriés y résident, leurs employeurs prenant parfois en charge des loyers élevés. Cette dynamique entretient une pression constante sur le marché immobilier local.
La comparaison met également en lumière d’autres régions attractives financièrement, comme certaines communes du canton de Zoug. À Steinhausen, une famille type ne paie que 178 francs d’impôts par mois et moins de 900 francs pour l’assurance maladie. Les loyers y sont environ deux fois plus élevés que dans certaines régions périphériques, mais la faible fiscalité compense en partie ce coût du logement.
Impôts, primes et loyers : un équilibre qui façonne la carte sociale
Les écarts fiscaux entre cantons sont marqués. Une famille dans le canton de Neuchâtel paie presque dix fois plus d’impôts que dans le canton de Zoug. Dans la ville de Berne, la facture fiscale annuelle est supérieure de 7000 francs à celle de Lugano pour un profil comparable. Pour un revenu annuel de 500’000 francs, une personne seule verse un peu plus de 80’000 francs d’impôts à Freienbach (SZ) contre près de 180’000 francs à Trey (VD).
Les primes d’assurance maladie accentuent ces disparités. Une famille sans réduction paie plus de 18’300 francs par an dans le sud du Tessin, environ 14’400 francs en Argovie et 10’700 francs dans le canton de Zoug. Ces montants, souvent sous-estimés dans les comparaisons régionales, pèsent lourdement sur le budget global.
Selon Sebastian Schultze, de l’institut BAK Economics, les coûts du logement et la fiscalité s’influencent mutuellement. Les contribuables fortunés s’installent dans des communes attractives, ce qui fait monter les prix immobiliers et les recettes fiscales. Ces recettes permettent ensuite d’ajuster les taux d’imposition, renforçant l’attrait pour les hauts revenus. À l’inverse, dans des cantons comme le Jura ou Neuchâtel, les loyers restent modérés mais la pression fiscale peut être plus forte.
Le canton joue un rôle central dans la charge fiscale, puisqu’il fixe la progression et les déductions, les communes ne déterminant que le coefficient communal. Un déménagement au sein d’un même canton peut donc permettre de réduire le loyer sans bouleverser la fiscalité. À l’inverse, changer de canton peut modifier profondément l’équilibre entre loyer, impôts et primes.
Les facteurs financiers ne sont toutefois pas les seuls déterminants. Proximité de la famille, cadre naturel ou accessibilité aux services influencent aussi les choix résidentiels. À Medel, les loyers et impôts sont bas, mais les trajets sont longs, les frais de chauffage élevés et l’offre de services limitée.








