La valeur locative, un impôt centenaire qui fragilise les retraités suisses

La Suisse s’apprête à voter sur la valeur locative, un impôt contesté qui fragilise de nombreux retraités propriétaires et divise la scène politique.

Publié le
Lecture : 3 min
une retraité tenant une petite maison
La valeur locative, un impôt centenaire qui fragilise les retraités suisses - © Shutterstock

La valeur locative est un impôt spécifique à la Suisse, en vigueur depuis 1934. Elle consiste à considérer l’usage personnel d’un logement comme un revenu, et à le soumettre à l’impôt sur le revenu. Cette approche fiscale a toujours été source de tensions, mais elle revient aujourd’hui au cœur du débat public en raison de son impact croissant sur certaines catégories de la population.

Pour les retraités propriétaires, l’imposition de la valeur locative devient une charge financière difficile à assumer. À la veille d’un vote national qui pourrait faire évoluer ce système, les positions restent tranchées, entre défense d’un principe d’équité fiscale et dénonciation d’une mesure jugée injuste.

Un impôt ancien et controversé

Introduite en 1934 lors de la crise économique, la valeur locative a été officialisée dans le droit ordinaire en 1958. Dès le départ, elle visait à fiscaliser les avantages d’habiter son propre logement, considéré comme un revenu en nature. Elle est ainsi restée en place malgré de nombreuses tentatives d’abolition, rappelle Blick.

Les opposants dénoncent un système qui ne tient pas compte de la situation réelle des propriétaires, notamment ceux qui ne génèrent pas de revenus à partir de leur bien. Trois tentatives d’abolition ont échoué ces dernières décennies : en 1999, 2004 et 2012. Chaque fois, les initiatives ont été rejetées par le peuple ou les cantons.

Par exemple, l’initiative « Sécurité du logement à la retraite » de 2009, soutenue par l’Association des propriétaires fonciers, visait à supprimer cet impôt pour les retraités, mais n’a pas convaincu la majorité.

Le débat reste vif, comme en témoigne la mobilisation actuelle. Le 18 août 2025, un comité interpartis a tenu une conférence de presse à Berne pour défendre la suppression de la valeur locative, preuve que le sujet reste politiquement sensible et mobilisateur.

Des retraités particulièrement affectés

L’un des arguments majeurs en faveur de la suppression est l’effet disproportionné de cet impôt sur les retraités. Dans un reportage publié le 27 août 2025, 24 heures met en lumière le cas d’Erika Sprenger, une veuve de 83 ans vivant dans le canton de Thurgovie. Elle paie 2000 francs d’impôt par an sur une maison qu’elle habite depuis cinquante-sept ans, sans en tirer aucun revenu.

Avec un revenu mensuel de 4400 francs issu de l’AVS et d’une rente de veuve, elle peine à assumer cette charge. La valeur locative de sa maison est estimée à plus de 20 000 francs par an. Ce montant, fictif mais imposable, vient s’ajouter à ses revenus réels. Elle déclare devoir désormais puiser dans ses économies pour payer ses impôts, après avoir renoncé à des achats de première nécessité.

Pour Erika Sprenger, rester dans sa maison est un choix de vie, mais aussi un attachement affectif profond. Malgré la difficulté financière que représente la valeur locative, elle refuse de vendre. Elle juge cet impôt « profondément injuste » et incompréhensible, surtout lorsqu’elle compare sa situation à celle des riches étrangers bénéficiant d’un impôt forfaitaire.

Une réforme fiscale qui reste incertaine

À l’approche de la votation du 28 septembre, les opposants et les partisans de la réforme avancent leurs arguments. Les premiers considèrent la valeur locative comme un élément d’équité fiscale entre propriétaires et locataires, ces derniers ne bénéficiant pas de déductions pour les intérêts d’emprunt ou les frais d’entretien. Les partisans de la suppression, quant à eux, mettent en avant le poids de cette fiscalité pour des personnes âgées qui ne tirent aucun revenu de leur logement.

Le débat actuel s’inscrit dans un contexte plus large de tensions sur le logement et l’imposition du patrimoine. Selon Blick, malgré le soutien du Parlement et du Conseil fédéral à une réforme, il a fallu sept ans de débats pour parvenir à un compromis. L’issue du scrutin reste donc incertaine, et pourrait dépendre de la capacité des camps en présence à mobiliser les électeurs dans les prochaines semaines.

Dans un pays où près de 40 % des habitants sont propriétaires de leur logement, la question de la valeur locative touche à la fois au quotidien, à la fiscalité et à la justice sociale. La décision populaire à venir pourrait marquer un tournant dans une controverse qui dure depuis près d’un siècle.

Laisser un commentaire

Share to...