Les universités suisses face à la menace des subventions américaines

La réduction des subventions américaines menace non seulement le financement de la recherche en Suisse, mais aussi la coopération scientifique entre les deux pays.

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Universités suisses
Les universités suisses face à la menace des subventions américaines : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Les universités suisses reçoivent chaque année des subventions importantes provenant des États-Unis, un soutien crucial pour le financement de la recherche de pointe. Ces fonds, attribués par des agences comme le Département de la Défense et le National Institutes of Health (NIH), s’élèvent à 56,4 millions de dollars pour 2024. 

Bien que ces sommes ne représentent qu’une petite fraction des subventions nationales, elles sont perçues comme un atout précieux pour diversifier les sources de financement. Cependant, la politique actuelle du gouvernement américain, sous la présidence de Donald Trump, risque de remettre en cause cette aide.

Des subventions vitales pour la recherche suisse

Les subventions américaines représentent une aide significative pour les universités suisses, mais leur montant reste modeste comparé aux financements nationaux. Par exemple, entre 2014 et 2024, le Fonds National Suisse a alloué 6,38 milliards de francs aux universités cantonales et 2,77 milliards au domaine des écoles polytechniques fédérales, a rapporté RTS.ch. En revanche, les 56 millions de dollars reçus des États-Unis sur la même période semblent relativement faibles dans cette comparaison. Néanmoins, pour les établissements suisses, ces fonds permettent de financer des projets de recherche novateurs et d’accéder à des technologies de pointe, souvent indispensables à leur compétitivité.

L’Université de Berne bénéficie de subventions américaines depuis plusieurs années, participant activement à 15 projets fédéraux, principalement dans les domaines de la biotechnologie et de la recherche spatiale. Au total, cette université a reçu 43,2 millions de dollars de financement direct et indirect de la part des États-Unis au cours des dix dernières années. Bien que cette somme soit inférieure à 1 % du budget global de l’université, elle reste un levier important pour la diversification de ses sources de financement.

D’autres institutions, telles que l’EPFL et l’EPFZ, bénéficient également de ces aides. L’EPFL a reçu 30,4 millions de dollars au cours des dix dernières années, soutenant une trentaine de projets de recherche. Ces financements proviennent en grande partie du Département de la Défense américain. L’EPFZ, quant à elle, reçoit des montants annuels d’environ 2,5 millions de francs suisses. Bien que ces contributions soient considérées comme relativement faibles par rapport aux fonds suisses et européens, elles permettent aux chercheurs de l’EPFZ de mener des travaux dans des domaines comme l’informatique et l’ingénierie.

Une menace pour la coopération scientifique et la mobilité académique

Les récentes décisions politiques prises par l’administration Trump risquent de bouleverser cette collaboration fructueuse. En plus des réductions possibles de financements, il existe une crainte grandissante concernant des restrictions sur les échanges scientifiques. Ces mesures pourraient nuire à la libre circulation des chercheurs entre les deux pays, ainsi qu’à leur accès aux ressources scientifiques et bases de données américaines. L’Université de Genève, par exemple, a mis en place un système de veille pour évaluer les impacts de ces menaces. L’université a perçu près de 7,4 millions de dollars en subventions américaines au cours des dix dernières années, et elle bénéficie actuellement de 1,5 million de dollars pour des projets en biologie et en santé publique.

Les premières conséquences de cette incertitude sont déjà perceptibles. Des chercheurs suisses doivent contourner les obstacles administratifs en utilisant des canaux privés pour partager des données scientifiques, et des restrictions sur la mobilité académique commencent à se faire sentir. La participation d’universitaires américains à des colloques internationaux est désormais remise en question, un phénomène qui pourrait affecter la coopération scientifique au plus haut niveau.

L’Université de Zurich, fidèle partenaire des États-Unis dans la recherche, partage ces inquiétudes et appelle à un soutien accru de la Confédération suisse pour compenser les impacts potentiels des coupures de financement. L’établissement estime qu’une action politique forte est nécessaire pour maintenir l’élan de la recherche et de l’innovation en Suisse, notamment en renforçant les collaborations scientifiques en Europe.

Les tensions actuelles entre les États-Unis et les universités suisses soulignent les fragilités de ce modèle de financement et la nécessité d’une réévaluation des partenariats internationaux. En l’absence d’une réponse politique appropriée, la recherche suisse pourrait se retrouver isolée, affectant ainsi sa compétitivité sur la scène mondiale.

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