Sous pression de Trump, la Suisse prête à sacrifier son or pour un accord commercial

La Suisse propose de délocaliser une partie de son raffinage d’or aux États-Unis pour réduire les tensions commerciales, mais le secteur reste sceptique.

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Sous pression de Trump, la Suisse prête à sacrifier son or pour un accord commercial : Crédit : getty/rts/watson | Econostrum.info - Suisse

Depuis un mois, la Suisse subit un choc économique provoqué par l’imposition de droits de douane de 39 % par Donald Trump. Ces taxes, les plus élevées jamais appliquées à un pays développé, ont mis la Confédération dans une position délicate. 

Pour répondre à cette pression et tenter de rétablir la relation commerciale avec Washington, la Suisse propose une solution surprenante : délocaliser une partie de son industrie du raffinage d’or aux États-Unis. Une initiative qui met en lumière les enjeux complexes du secteur aurifère et les ambitions géopolitiques du pays face aux Etats-Unis.

Une proposition stratégique pour lever les surtaxes douanières

La Suisse, un acteur incontournable dans le raffinage de l’or, a vu ses exportations vers les États-Unis se transformer en point de friction majeur dans la relation bilatérale. En 2024, l’excédent commercial entre les deux pays a dépassé les 39 milliards de francs suisses, dont plus des deux tiers étaient liés aux exportations d’or, ce qui a provoqué les critiques de Donald Trump. Dans un contexte tendu, le gouvernement suisse a proposé une solution qui pourrait apaiser les tensions : investir directement dans l’industrie du raffinage aux États-Unis. Cette offre a été formellement transmise à l’administration américaine, notamment au secrétaire au Trésor Scott Bessent et au représentant au commerce Jamieson Greer, dans le but de convaincre Washington de revoir sa position et de réduire les surtaxes pesant sur les exportations suisses, révèle Bloomberg.

Concrètement, la proposition suisse consiste à déplacer certaines opérations de raffinage aux États-Unis, en particulier celles qui concernent des produits moins rentables. Le raffinage de l’or pourrait ainsi se concentrer sur des petites barres de métal, plus prisées sur le marché new-yorkais que les lingots standards de Londres. Cette approche vise à apaiser la Maison Blanche en offrant une concession symbolique, tout en espérant que cela suffira à convaincre les États-Unis d’assouplir leur politique douanière et de rétablir des conditions commerciales plus favorables pour la Suisse. Cependant, malgré l’optimisme de certaines parties prenantes en Suisse, cette décision a été reçue avec plus de scepticisme par le secteur aurifère.

L’industrie du raffinage suisse : un secteur sous pression

L’industrie du raffinage suisse de l’or, bien que représentative du pays sur la scène mondiale, fait face à des marges extrêmement faibles. La Suisse est le plus grand centre de raffinage d’or au monde, mais l’industrie, concentrée principalement dans le canton du Tessin, n’emploie que 1 500 personnes. Ce secteur, qui représente une part importante de l’excédent commercial suisse avec les États-Unis, est soumis à des pressions croissantes en raison des faibles bénéfices générés par le raffinage. La refonte des barres d’or, bien qu’en forte demande, rapporte seulement quelques dollars par barre, d’où le dilemme auquel se trouvent confrontés les raffineurs.

Les investisseurs et dirigeants d’entreprises dans le secteur du raffinage, tels que Simone Knobloch de Valcambi, soulignent que la construction d’une raffinerie aux États-Unis ne serait pas une solution rentable sans un soutien financier, que ce soit de la part de la Suisse ou des États-Unis, rapporte Blick. De plus, la saturation du marché et les faibles marges soulèvent des préoccupations quant à la viabilité de ce modèle à long terme. Christoph Wild, président de l’Association suisse des producteurs et négociants de métaux précieux, a également exprimé des inquiétudes sur l’efficacité de ce transfert d’activités, en précisant que l’industrie américaine du raffinage de l’or reste encore modeste et que le coût de l’installation de nouvelles raffineries pourrait devenir prohibitif.

Au-delà de ces préoccupations économiques, d’autres voix s’élèvent contre les pratiques de l’industrie suisse du raffinage. Lisa Mazzone, présidente des Vert-e-s, a appelé à l’instauration d’une taxe sur l’or brut, le qualifiant d’ »or sale », en raison des pratiques controversées de l’industrie. La question de l’impact social et environnemental de cette industrie pourrait ainsi donner lieu à une réflexion plus large sur la fiscalité du secteur. De plus, des propositions plus radicales ont été avancées, comme celle de Nick Hayek, le patron de Swatch, qui a suggéré d’imposer une taxe équivalente à celle des États-Unis sur les exportations d’or vers l’Amérique. Ces propositions soulignent la pression croissante exercée sur un secteur déjà fragilisé par la guerre commerciale.

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