La politique commerciale américaine connaît un nouveau virage. Mercredi, Washington a annoncé une salve de nouveaux droits de douane s’appliquant à la quasi-totalité des pays du globe. Dès samedi, toutes les importations seront taxées à hauteur d’au moins 10 %. Certaines surtaxes spécifiques visent des pays ou des produits stratégiques, marquant une intensification des mesures protectionnistes de l’administration Trump.
La Suisse n’échappe pas à cette vague, avec des droits de douane supplémentaires de 31 % spécifiquement appliqués à ses produits. Mais des exceptions existent. Parmi elles, les produits pharmaceutiques, principal poste d’exportation suisse vers les États-Unis, qui sont exemptés de cette surtaxe ciblée, rapporte Watson.
Produits visés et calendrier de mise en œuvre
La Maison-Blanche a instauré le 12 mars des droits de douane additionnels de 25 % sur l’acier et l’aluminium importés, indépendamment de leur provenance. Ces taxes s’appliquent désormais également aux bières vendues en cannette d’aluminium, à compter du 4 avril. À partir du 6 avril, 25 % de droits de douane supplémentaires frappent les voitures importées, avec une extension aux pièces détachées automobiles prévue d’ici le 3 mai.
La Chine subit un traitement particulier, avec les surtaxes de 25 % sur les métaux et les automobiles s’ajoutent aux 20 % imposés depuis février. Ainsi, les véhicules et métaux provenant de Chine sont taxés à hauteur de 45 %. Une surtaxe supplémentaire de 34 % annoncée mercredi ne s’ajoutera toutefois pas à ce total.
D’autres produits sont dans le viseur, à savoir le bois de construction, le cuivre, les semiconducteurs et les produits pharmaceutiques. Bien qu’ils aient échappé à la vague de mercredi, ils restent sous surveillance de l’administration américaine. Par ailleurs, Donald Trump a signé un décret supprimant, à compter du 2 mai, l’exemption douanière des petits colis en provenance de Chine, qui avait profité à des plateformes comme Shein ou Temu.
Les exceptions décidées par la Maison-Blanche
La Maison-Blanche a précisé que certains produits ne sont pas concernés par la nouvelle vague de surtaxes. Sont exemptés : lingots d’or, produits pharmaceutiques, semiconducteurs, cuivre, bois de construction, produits énergétiques, ainsi que certains minéraux non présents sur le sol américain. En revanche, l’acier, l’aluminium et les voitures, bien que non inclus dans cette dernière annonce, sont déjà visés par d’autres taxes spécifiques.
Certains pays échappent également à ces nouvelles taxes. Le Canada et le Mexique, membres de l’accord de libre-échange ACEUM, bénéficient d’un régime distinct : leurs produits respectant les termes de l’accord ne sont pas touchés. D’autres pays, comme la Biélorussie, Cuba, la Corée du Nord et la Russie, sont absents de la liste car soumis à des sanctions bloquant de fait leurs échanges avec les États-Unis.
Une exemption partielle pour la pharma suisse
Parmi les secteurs économiques suisses, la chimie-pharmacie est l’un des rares à ne pas être affecté par la surtaxe de 31 % visant spécifiquement les produits helvétiques. Les exportations pharmaceutiques vers les États-Unis, qui ont atteint plus de 149 milliards en 2024 sur un total de 282 milliards, continueront donc à bénéficier d’une exemption partielle. Elles restent toutefois soumises aux 10 % de taxe générale appliquée à toutes les importations.
Jusqu’à présent, les produits pharmaceutiques suisses étaient quasiment exempts de droits de douane, souligne l’organisation Scienceindustries. Cette nouvelle situation pourrait générer une inflation des coûts, des complications administratives et des perturbations dans les chaînes de livraison. Le transfert de la production vers les États-Unis ne constitue pas une solution rapide, en raison des normes strictes qui régissent les infrastructures de production pharmaceutiques.
En revanche, d’autres branches comme les technologies médicales ne sont pas exemptées. Swiss Medtech s’inquiète notamment de mesures affectant près d’un quart des exportations suisses de dispositifs médicaux. En 2023, la Suisse a exporté pour 2,8 milliards de francs de dispositifs médicaux vers les États-Unis, contre 1,8 milliard d’importations dans le sens inverse.
Le secteur relativise toutefois cette dépendance : l’Union européenne reste de loin le principal marché pour les technologies médicales helvétiques. « L’UE reste de loin notre principal marché : un emploi sur trois dans l’industrie suisse des technologies médicales dépend de commandes provenant de l’UE. Cette relation doit être renforcée de manière ciblée », souligne Adrian Hunn, directeur de Swiss Medtech, cité par Watson.