À peine revenu à la Maison-Blanche, Donald Trump a déclenché une onde de choc économique mondiale. Ses nouvelles politiques protectionnistes, notamment la mise en place de barrières douanières, ont plongé les marchés dans une instabilité inédite.
Cette incertitude s’étend jusqu’en Suisse, où la Banque nationale suisse (BNS) s’inquiète des conséquences à court et moyen terme. Elle envisage désormais deux scénarios divergents pour ajuster sa politique monétaire et préserver la stabilité économique du pays.
Une incertitude record, alimentée par les décisions américaines
L’arrivée au pouvoir de Donald Trump s’est accompagnée d’un bouleversement brutal des équilibres économiques internationaux. À travers une série de mesures protectionnistes, le président américain a ravivé des tensions commerciales latentes, suscitant une réaction immédiate des marchés. Le World Uncertainty Index, baromètre de l’incertitude commerciale développé par plusieurs universités américaines, s’est envolé à des niveaux historiques. Il est aujourd’hui huit fois plus élevé qu’au cours des cinq décennies ayant précédé son premier mandat, a rapporté le quotidien helvétique Watson.
Les investisseurs internationaux réagissent avec prudence. Une enquête menée par la Bank of America auprès de gestionnaires représentant 500 milliards de dollars d’actifs révèle un pessimisme inédit quant à la croissance mondiale, équivalent à celui de l’époque du Covid. Le désengagement massif des fonds vis-à-vis des actions américaines, signalé par le Financial Times, confirme ce sentiment : les États-Unis ne sont plus considérés comme une garantie de rendement supérieur. Cet affaiblissement de la confiance affecte également la stabilité géopolitique, à tel point que l’indice des risques géopolitiques a atteint un sommet jamais vu depuis la guerre froide.
Dans ce contexte, l’Europe commence à adapter sa stratégie. En Allemagne, Friedrich Merz – pressenti pour devenir chancelier – a lancé un ambitieux programme d’investissements dans la défense. Cette dynamique européenne de renforcement budgétaire ne fait que s’ajouter à un phénomène global d’endettement croissant : en 2025, les États industrialisés devraient contracter 17 000 milliards de dollars de nouvelles dettes, soit plus du double du niveau observé il y a dix ans.
Une réponse helvétique articulée autour de deux scénarios divergents
Face à ces bouleversements, la BNS a réagi lors de sa dernière réunion sur les taux. Elle a exposé deux scénarios économiques contradictoires, reflétant l’incertitude ambiante. Le premier, qualifié de « scénario inflationniste », repose sur l’hypothèse d’un boom économique mondial provoqué par les dépenses publiques massives engagées par les États. Dans ce cas, la Suisse importerait de l’inflation, ce qui forcerait la BNS à relever ses taux directeurs. Une telle mesure viserait à maîtriser la hausse des prix, mais aurait pour effet collatéral d’augmenter les taux à long terme, en particulier ceux des obligations d’État et des crédits hypothécaires.
Le second scénario, qualifié de « scénario récessif », anticipe une spirale de ralentissement économique. Si l’économie américaine entre en récession, l’Europe et la Suisse risquent de suivre. Martin Schlegel, président de la BNS, met en garde contre ce « risque à la baisse ». Dans ce contexte, le franc suisse, valeur refuge par excellence, s’apprécie face à l’euro. Cette appréciation renforcerait les pressions désinflationnistes déjà perceptibles dans le pays.
Les chiffres récents de l’inflation confirment cette tendance. En février 2025, l’inflation annuelle en Suisse n’était que de 0,3 %, et ce chiffre n’est dû qu’à une augmentation des loyers. Hors loyers, les prix ont en réalité baissé de 0,3 % en moyenne. La BNS redoute donc une situation de déflation. Si cette dynamique se confirme, elle pourrait être amenée à réintroduire des taux d’intérêt négatifs, une mesure déjà expérimentée par le passé. Schlegel a déclaré sans équivoque : « Si c’est nécessaire pour garantir la stabilité des prix, nous n’hésiterons pas à agir. »
La politique monétaire suisse se trouve donc à un carrefour stratégique, entre deux risques opposés, mais bien réels : l’inflation importée ou la déflation intérieure. L’évolution de la situation américaine influencera directement la trajectoire retenue.