La décision a été officialisée le 2 avril lors d’un discours dans les jardins de la Maison-Blanche. L’administration Trump affirme que ces nouvelles taxes visent à corriger un déséquilibre commercial jugé trop important avec la Suisse. Karin Keller-Sutter a déclaré que le Conseil fédéral « prend acte » de cette décision et précisera « rapidement la suite de la procédure ».
Les explications fournies par Donald Trump suscitent de vives réactions en Suisse. Il reproche à la Confédération d’appliquer 61 % de droits de douane sur les produits américains, un chiffre qui semble résulter d’un simple calcul arithmétique et non d’une réalité douanière. economiesuisse appelle Berne à réagir rapidement pour protéger les intérêts helvétiques.
Une méthode de calcul controversée
L’administration Trump aurait établi le taux de 61 % en divisant le déficit commercial américain avec la Suisse (38,5 milliards de francs) par la valeur des exportations suisses vers les États-Unis (63,4 milliards de francs). Le résultat de ce calcul donne 60,7 %, arrondi à 61 %, puis divisé par deux pour aboutir au taux de 31 % imposé à la Suisse, rapporte Blick.
Ce mode de calcul, utilisé également pour d’autres pays comme le Japon ou l’Inde, ne tient pas compte des secteurs des services, dans lesquels les États-Unis enregistrent des excédents importants. Les exportations de services numériques par des entreprises comme Meta ou Alphabet ne sont pas prises en compte dans cette logique strictement commerciale de marchandises.
Toujours selon la même source, les droits de douane de base de 10 % entreront en vigueur le 5 avril, tandis que les taux les plus élevés, dont celui de 31 % pour la Suisse, seront appliqués dès le 9 avril. Pour le Japon, un taux fictif de 46 % aurait justifié une taxe de 24 %, ce que Trump a qualifié de mesure « gracieuse ».
Une décision unilatérale qui inquiète Berne
Le Conseil fédéral a abordé le sujet dès le mercredi lors de sa séance hebdomadaire. Karin Keller-Sutter, présidente de la Confédération, a réagi sur le réseau X en affirmant que les intérêts économiques à long terme du pays restaient prioritaires. Elle a rappelé que la Suisse restait attachée au droit international et au libre-échange.
La porte-parole du gouvernement, Ursula Eggenberger, a précisé que la Confédération suivrait de près les futures annonces américaines. Une communication officielle sur ce dossier pourrait intervenir dès le lendemain, selon les propos tenus en marge d’un point de presse consacré aux OGM.
L’organisation economiesuisse, représentante des milieux économiques, a dénoncé une « nouvelle escalade du conflit commercial » et qualifié ces droits de douane de « nuisibles et injustifiés ». Elle presse les autorités suisses d’engager rapidement des discussions avec Washington pour éviter des conséquences économiques durables.
Un marché stratégique directement touché
Selon Watson, les États-Unis représentent depuis 2021 le principal marché d’exportation de la Suisse, devant l’Allemagne. En 2024, les exportations vers les États-Unis ont atteint 52,65 milliards de francs, soit 18,6 % du total suisse. En comparaison, les importations en provenance des États-Unis s’élevaient à 14,13 milliards de francs.
Cette situation génère un fort déséquilibre commercial en faveur de la Suisse, que Trump utilise comme justification de ses mesures. Le secteur pharmaceutique et chimique représente l’essentiel de cette croissance, avec des exportations vers les États-Unis ayant triplé entre 2001 et 2021 selon l’Office fédéral de la douane.
Le secteur horloger est également concerné. Après la pandémie, les États-Unis ont été le premier marché à se redresser pour les fabricants de montres suisses, dépassant la Chine et Hong Kong. En 2024, les exportations de montres vers les États-Unis ont atteint 4,37 milliards de francs.
Les milieux économiques suisses redoutent un affaiblissement de la compétitivité des entreprises et une baisse du climat d’investissement. Pour economiesuisse, cette décision tombe à un moment où les perspectives d’exportation sur d’autres marchés sont déjà assombries.