Ce jeudi, Donald Trump a annoncé une série de mesures commerciales d’une portée considérable, dont l’imposition de droits de douane de 100% sur les médicaments brevetés importés aux États-Unis. Cette annonce, qui prendra effet le 1er octobre 2025, vise à réduire les coûts des médicaments pour les consommateurs américains, tout en incitant les entreprises à déplacer leur production sur le sol américain.
Si cette politique concerne plusieurs secteurs industriels, c’est l’industrie pharmaceutique, et plus particulièrement les entreprises suisses, qui risque de subir les conséquences les plus lourdes. Bien que les États-Unis aient déjà imposé des droits de douane de 39% sur les produits pharmaceutiques suisses, cette nouvelle mesure représente un tournant, avec des impacts potentiellement énormes sur les prix, la production et les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Les objectifs de Trump : réduction des prix et rapatriement de la production
Le principal objectif de Trump derrière cette nouvelle politique commerciale est la réduction des prix des médicaments aux États-Unis. En appliquant une taxe de 100% sur les médicaments importés, l’administration cherche à forcer les entreprises à déplacer leur production aux États-Unis, là où elles seraient exemptées des droits de douane. Selon Trump, cette mesure inciterait ainsi les grandes entreprises pharmaceutiques à construire leurs usines sur le sol américain, créant ainsi des emplois et stimulant l’industrie locale.
Cependant, cette approche soulève plusieurs questions économiques et logistiques. D’abord, l’économiste en chef de Raiffeisen, Fredy Hasenmaile, a exprimé ses doutes quant à la viabilité de cette stratégie. Si l’idée de rapatrier la production semble séduisante sur le papier, elle se heurte à des obstacles majeurs : la construction de nouvelles usines pharmaceutiques prend des années et nécessite des investissements colossaux. Le processus d’autorisation est également long et complexe, ce qui rend difficile un changement rapide de la chaîne de production. De plus, les entreprises devront faire face à des coûts supplémentaires liés à la délocalisation, ce qui pourrait paradoxalement augmenter les prix des médicaments, et non les faire baisser comme prévu, indique Blick.
En outre, cette politique a des conséquences directes sur l’industrie pharmaceutique suisse. Des entreprises comme Novartis et Roche, leaders mondiaux dans la production de médicaments brevetés, exportent une part importante de leur production vers les États-Unis. Jusqu’à présent, elles échappaient aux droits de douane américains. Toutefois, avec l’entrée en vigueur de ces nouveaux tarifs, elles se voient contraintes de repenser leur modèle économique pour éviter des hausses de coûts importantes.
Les réponses de l’industrie pharmaceutique suisse et les défis à venir
Les entreprises pharmaceutiques suisses, bien qu’habituées aux fluctuations des politiques commerciales mondiales, se retrouvent aujourd’hui dans une situation incertaine. Novartis et Roche ont d’ores et déjà annoncé des investissements considérables aux États-Unis pour répondre à la menace de ces nouvelles barrières douanières. Novartis, par exemple, prévoit d’investir 23 milliards de dollars dans des installations et des laboratoires supplémentaires aux États-Unis au cours des cinq prochaines années, tandis que Roche envisage de dépenser 50 milliards de dollars pour accroître ses capacités de production sur le sol américain. Ces investissements visent à garantir que ces entreprises continuent d’approvisionner le marché américain sans être pénalisées par des droits de douane prohibitifs.
Malgré ces efforts pour sécuriser leur accès au marché américain, les entreprises suisses se trouvent dans une position délicate. L’industrie pharmaceutique suisse est un moteur crucial de l’économie nationale, générant près de 10% du produit intérieur brut et représentant plus de la moitié des exportations du pays. Une perturbation dans l’accès au marché américain pourrait non seulement affecter les bénéfices des entreprises pharmaceutiques, mais aussi avoir des répercussions négatives sur l’économie suisse dans son ensemble.
Face à ces menaces, le gouvernement suisse a réagi en entamant des discussions avec les entreprises pharmaceutiques. Le ministre de l’Économie, Guy Parmelin, a évoqué ces échanges comme « constructifs », mais il n’a pas donné d’indications claires sur les solutions concrètes qui pourraient être mises en place. Le Conseil fédéral se trouve donc dans une position complexe, entre la nécessité de protéger l’industrie pharmaceutique suisse et celle de maintenir de bonnes relations commerciales avec les États-Unis.
En parallèle, le gouvernement suisse reste vigilant face aux possibles répercussions sur le marché intérieur. La ministre de la Santé, Elisabeth Baume-Schneider, a insisté sur le fait que la question n’était pas de répercuter les augmentations de prix sur le marché suisse, mais plutôt de « valoriser la place pharmaceutique suisse » dans le respect des engagements parlementaires et de la législation nationale.








