Les États-Unis relancent la bataille commerciale sur fond de bras de fer institutionnel. Vendredi, le président Donald Trump a signé un décret instaurant un droit de douane mondial de 10 % sur les importations.
Cette annonce intervient au lendemain d’une décision retentissante de la Cour suprême, qui a jugé en grande partie illégale sa précédente politique tarifaire. La mesure entrera en vigueur mardi et s’appliquera pendant 150 jours, avec des répercussions immédiates pour les partenaires commerciaux de Washington, dont la Suisse.
Un décret express après la décision de la Cour suprême
La séquence politique a été rapide. Par six voix contre trois, la Cour suprême a estimé que les surtaxes douanières imposées par l’exécutif ne pouvaient être justifiées par une « urgence économique ». Les juges ont considéré que le recours à une loi de 1977, permettant au président d’agir sans validation préalable du Congrès en cas de situation exceptionnelle, ne correspondait pas au contexte invoqué.
Ce revers est notable, la Cour étant majoritairement composée de juges conservateurs. Le président américain a vivement réagi, dénonçant une « terrible décision » et exprimant sa « honte absolue » face au jugement. Il a accusé les magistrats d’avoir cédé à des « influences étrangères » lors d’une déclaration improvisée à la Maison Blanche.
Dans la foulée, Donald Trump a choisi une nouvelle voie juridique en signant un décret établissant un taux uniforme de 10 % sur les importations. Cette surtaxe s’appliquera pendant 150 jours. Elle concerne également les pays ou blocs ayant conclu des accords commerciaux avec Washington, comme l’Union européenne, le Japon, la Corée du Sud ou Taïwan, qui étaient jusqu’ici soumis à un taux de 15 %.
La Suisse est directement touchée. Depuis le 18 décembre dernier, ses produits étaient frappés d’une surtaxe de 15 %. Avec le nouveau dispositif, ce taux est ramené à 10 %. La mesure ne s’applique pas aux produits déjà visés par des droits de douane sectoriels, ni aux biens canadiens et mexicains importés dans le cadre de l’accord États-Unis–Mexique–Canada. L’industrie pharmaceutique bénéficie également d’une exemption spécifique.
Des milliards en jeu et des entreprises dans l’attente
Au-delà de la dimension politique, l’enjeu financier est considérable. La RTS rapporte que les droits de douane concernés par la décision de la Cour suprême ont généré plus de 130 milliards de dollars en 2025, selon des analystes. La voie est désormais ouverte à de possibles remboursements pour les entreprises ayant acquitté ces surtaxes, ce qui pourrait entraîner d’importants ajustements budgétaires.
Pour les partenaires des États-Unis, la baisse du taux de 15 % à 10 % représente un allègement relatif, sans effacer l’obstacle tarifaire. Un droit de douane de 10 % modifie la structure des coûts pour les exportateurs. Les entreprises devront décider si elles absorbent cette charge ou si elles la répercutent sur leurs clients américains.
La Suisse, fortement orientée vers l’exportation, suit la situation de près. Les États-Unis figurent parmi ses premiers marchés, notamment pour les machines, les instruments de précision, l’horlogerie et les technologies médicales. La réduction du taux offre un répit par rapport au régime appliqué depuis décembre, mais maintient une pression sur la compétitivité-prix. L’exemption de l’industrie pharmaceutique limite l’impact sur l’un des principaux moteurs des exportations helvétiques.
À l’échelle mondiale, cette décision réactive les tensions commerciales. L’annonce d’un droit de douane mondial, même temporaire, envoie un signal fort aux marchés et aux partenaires économiques. Les 150 prochains jours seront déterminants pour mesurer les effets concrets de cette nouvelle phase tarifaire et pour évaluer si elle débouche sur une stabilisation ou sur une nouvelle escalade.








