Depuis l’instauration des mesures protectionnistes par Donald Trump, la Suisse, traditionnellement perçue comme un bastion de stabilité économique, fait face à des défis inattendus. L’imposition de droits de douane de 39 % sur certains produits suisses a modifié le paysage économique du pays, affectant notamment les perspectives salariales.
Alors que les négociations salariales pour 2025 semblaient prometteuses, les nouvelles politiques commerciales ont perturbé cette dynamique. Cette situation soulève des questions cruciales sur l’avenir des salaires en Suisse et l’impact de ces mesures sur le pouvoir d’achat des travailleurs.
Un changement radical pour les négociations salariales
L’Union patronale suisse a clairement indiqué que les mesures douanières prises par les États-Unis ont changé la donne pour les négociations salariales à venir, relate Watson. Avant l’introduction de ces taxes, les perspectives pour une augmentation significative des salaires étaient relativement positives. Cependant, avec les droits de douane de 39 % imposés sur les produits suisses, les entreprises font face à une situation économique bien plus complexe. L’Union patronale évoque des difficultés majeures pour maintenir des hausses salariales substantielles, soulignant que les augmentations généralisées de plus de 1 % semblent désormais irréalistes.
Les raisons de cette réévaluation sont multiples. Les entreprises, confrontées à des coûts accrus en raison des droits de douane, ont vu leurs marges bénéficiaires se réduire considérablement. Dans ce contexte, elles doivent prioriser leur survie économique plutôt que d’allouer des ressources à des hausses salariales. De plus, la pression sur les entreprises ne se limite pas seulement à celles exportant vers les États-Unis. En effet, même celles qui n’ont que peu ou pas de liens directs avec le marché américain ressentent les effets de ces nouvelles politiques commerciales, en raison de l’impact sur les chaînes d’approvisionnement et les coûts de production.
Les employeurs dénoncent également les revendications salariales jugées excessives par les syndicats, en particulier dans des secteurs comme la santé ou la construction, où les demandes de hausses de salaires sont plus marquées. De leur côté, les syndicats estiment que les droits de douane sont utilisés comme un prétexte pour justifier des augmentations salariales modérées, soulignant que les travailleurs ont droit à des hausses de salaire en réponse à la hausse du coût de la vie, notamment des loyers et des assurances-maladie.
Un impact économique global et une crise en perspective
Les conséquences des mesures de Trump dépassent largement le cadre des négociations salariales. L’impact des droits de douane sur l’économie suisse se fait ressentir à l’échelle nationale, affectant l’ensemble du tissu économique. Selon les estimations de l’Union patronale suisse, les entreprises directement concernées par les droits de douane seront contraintes de réduire leurs effectifs et de geler leurs augmentations salariales. Cela entraînera une diminution de la consommation des ménages, car ces derniers, confrontés à une baisse de leurs revenus, auront moins de capacité à dépenser. Cette contraction de la consommation, à son tour, ralentira la croissance économique globale et affectera la stabilité des autres secteurs.
Les perspectives d’avenir ne sont pas très optimistes selon les experts économiques. Daniel Kalt, économiste en chef d’UBS, compare le choc économique actuel à celui de la crise du franc suisse en 2015. Bien que la situation soit moins grave que celle de l’appréciation soudaine du franc, les exportateurs suisses, particulièrement ceux touchés par les droits de douane, devront composer avec une augmentation du coût de leurs marchandises d’environ 50 %, due à la combinaison des droits de douane et de la faiblesse du dollar. En conséquence, certaines exportations pourraient connaître un renchérissement encore plus important que celui observé pendant la crise de 2015.
Cependant, contrairement à la crise du franc, cette situation touche moins d’exportations suisses globalement. Si l’impact est plus concentré, il sera beaucoup plus fort sur les secteurs concernés. L’économiste s’attend à ce que les pertes d’emplois dues à cette crise soient moins importantes que celles observées après la crise du franc, avec des prévisions d’environ 15 000 postes supprimés, contre 25 000 lors de la crise monétaire.
Enfin, bien que la politique de Trump soit un facteur déclencheur, les perspectives économiques en Suisse se sont déjà détériorées bien avant l’instauration des droits de douane. Selon une enquête menée par le Centre de recherches conjoncturelles de l’EPFZ (KOF), les entreprises s’attendaient à une croissance salariale de 1,6 % pour 2025, mais cette prévision a été revue à la baisse à 1,3 % pour 2026. Cette tendance s’explique par plusieurs facteurs, notamment la fin de la pénurie de main-d’œuvre qualifiée post-Covid et une inflation maîtrisée, ce qui réduit la pression sur les employeurs pour accorder des hausses de salaire importantes.








