Un ticket d’entrée pour les étrangers souhaitant travailler en Suisse : une idée viable ?

Une proposition suisse suggère de taxer l’immigration pour attirer des travailleurs qualifiés, soulevant des interrogations sur ses impacts.

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Ouvrier d'usine pharmaceutique
Un ticket d'entrée pour les étrangers souhaitant travailler en Suisse : une idée viable ?Un ticket d'entrée pour les étrangers souhaitant travailler en Suisse : une idée viable ?Un ticket d'entrée pour les étrangers souhaitant travailler en Suisse : une idée viable ? - © Canva

L’idée de restreindre l’immigration aux « métiers à forte valeur ajoutée » a été avancée par un chroniqueur du Temps. L’objectif annoncé est de concentrer l’immigration sur des profils jugés plus qualifiés, comme les chercheurs ou les cadres supérieurs, en leur imposant un ticket d’entrée, rapporte Economiesuisse.

Cette vision repose sur l’idée que la Suisse pourrait ainsi se protéger de l’arrivée de travailleurs dits moins qualifiés, tout en attirant des talents à forte valeur ajoutée. Cependant, une telle approche semble négliger des aspects fondamentaux de la réalité économique du pays.

Loin de répondre à ces besoins spécifiques, le pays dépend d’un large éventail de travailleurs étrangers dans des secteurs souvent sous-estimés. En Suisse, ce sont bien les travailleurs de terrain, tels que les ouvriers portugais dans le bâtiment ou les infirmières espagnoles dans les soins, qui assurent un bon nombre des services quotidiens.

La proposition d’une taxe d’entrée pourrait priver le pays de ces travailleurs essentiels, dont le rôle dans la société est difficilement mesurable en termes financiers. Il est donc évident que cette idée ne prend pas en compte les véritables besoins structurels du pays en matière de main-d’œuvre.

Définir les « métiers à forte valeur ajoutée »

La question de savoir qui serait considéré comme un travailleur « à forte valeur ajoutée » est loin d’être simple. Si cette notion repose sur un critère de qualification universitaire, cela exclurait une grande partie des travailleurs étrangers qui occupent des postes essentiels dans des secteurs tels que la santé, le nettoyage, ou l’éducation.

L’exemple des médecins ou des infirmières, bien que formés à un haut niveau, illustre cette ambiguïté : bien qu’ils soient cruciaux pour le système de santé suisse, leur travail ne génère pas directement de bénéfices financiers mais plutôt un bien-être sociétal immense.

Ainsi, cette approche exclusive de l’immigration semble non seulement floue mais aussi contre-productive. Une société vieillissante et en manque de main-d’œuvre qualifiée dans plusieurs secteurs clefs pourrait se retrouver davantage en difficulté, incapable de répondre à ses besoins fondamentaux. C’est pourquoi la définition de ce qui constitue un « métier à forte valeur ajoutée » doit être repensée pour inclure une diversité de professions vitales pour le pays.

Les implications économiques d’une telle mesure

La question qui reste en suspens est de savoir qui serait chargé de payer cette taxe d’entrée et quel en serait l’impact sur l’économie. Les entreprises, déjà éprouvées par des turbulences économiques mondiales, seraient-elles prêtes à supporter ces coûts supplémentaires ? Ou serait-ce aux travailleurs eux-mêmes, via une diminution de leur pouvoir d’achat, que reviendrait cette charge ? Le consommateur pourrait aussi voir ces coûts répercutés sur les prix des biens et services, notamment dans les secteurs où la main-d’œuvre étrangère est cruciale.

Le vieillissement de la population suisse et les départs massifs des baby-boomers ne feront qu’aggraver la pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans certains secteurs. En réduisant l’immigration, surtout dans des domaines de services publics, la Suisse pourrait se retrouver confrontée à un manque de professionnels dans des secteurs vitaux tels que la santé ou la construction. La proposition d’une taxe d’entrée semble donc peu réaliste dans ce contexte où la demande de travailleurs qualifiés est de plus en plus pressante.

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