Les taxes douanières imposées par les États-Unis ont plongé plusieurs secteurs de l’industrie suisse dans une situation délicate. Les taxes, qui incluent des hausses de 25 % sur l’acier, l’aluminium et les voitures, et de 10 % sur d’autres produits, ont des effets notables sur les entreprises exportatrices.
Parmi elles, Agathon, une société spécialisée dans les machines de haute précision, a vu ses ventes vers les États-Unis chuter de manière significative. En conséquence, près de 190 de ses collaborateurs sont placés en chômage partiel, une situation qui dure depuis plus d’un an, selon un rapport du Secrétariat d’État à l’économie (SECO), explique 20 Minutes.
Les premières entreprises demandant un chômage partiel commencent à être accompagnées par des syndicats comme Unia et Syna, ainsi que par des associations professionnelles telles que Swissmem. Elles alertent le Conseil fédéral sur les conséquences que ces nouvelles taxes pourraient avoir à long terme sur l’économie suisse, menaçant la stabilité de secteurs clés, comme celui des machines, de l’acier, et même des produits pharmaceutiques, rapporte la NZZ am Sonntag.
L’appel des syndicats : étendre le chômage partiel pour éviter la perte de savoir-faire
L’industrie suisse, déjà fragilisée par la guerre commerciale, demande une prolongation du chômage partiel à 24 mois. Cette demande vise à limiter la perte de compétences et à éviter un « appauvrissement » du savoir-faire industriel.
Pour les syndicats, la situation actuelle met en lumière un danger supplémentaire : si cette crise persiste, de nombreuses entreprises risquent de perdre leur personnel qualifié. Michael Merkle, directeur de l’entreprise Agathon, met en garde contre les conséquences de cette perte de compétences, qui pourrait compromettre l’avenir de l’entreprise. Le chômage partiel, qui dure en moyenne 18 mois, arrive bientôt à son terme, et les employés ne seront plus indemnisés.
Dans une lettre adressée à Guy Parmelin, ministre suisse de l’Économie, Swissmem et les syndicats insistent sur l’urgence de soutenir ces secteurs pour préserver l’économie et éviter un impact social majeur. Il devient de plus en plus évident que l’absence de contre-mesures pourrait entraîner la destruction de milliers d’emplois dans l’industrie, affectant gravement les régions où ces entreprises sont implantées.
L’industrie pharmaceutique face à une double pression
L’industrie pharmaceutique, qui représente un secteur clé pour la Suisse, n’échappe pas à ces tensions commerciales. Deux géants suisses, Roche et Novartis, ont annoncé des investissements majeurs aux États-Unis : 50 milliards de dollars pour Roche et 23 milliards pour Novartis.
Ces investissements visent à développer de nouveaux sites de production sur le marché américain, qui reste un des rares à offrir une croissance soutenue. Cependant, dans le contexte actuel, ces décisions prennent un autre sens. Les deux entreprises pourraient, par le biais de ces investissements, renforcer leur présence en territoire américain au détriment des sites suisses, notamment à Bâle.
Scienceindustries, l’organisation représentant les entreprises du secteur industriel, met en garde contre une possible perte d’attractivité de la Suisse face à une concurrence internationale grandissante. Si ces investissements sont en partie une réponse aux droits de douane américains, ils soulignent également un tournant pour la position économique de la Suisse.
Le conseiller national Thomas de Courten, par exemple, évoque une « menace de délocalisation massive » si des mesures fiscales et des incitations à investir dans les sites suisses ne sont pas mises en place rapidement.








