La Banque nationale suisse (BNS) se trouve actuellement dans une position délicate. Le Financial Times a récemment rapporté que le marché anticipe une baisse du taux directeur de la BNS à zéro dès juin 2025, avec une probabilité d’environ 80 %.
Les experts estiment même que ce taux pourrait devenir négatif plus tard dans l’année, dès la fin du mois de septembre, si la situation économique ne s’améliore pas. Ce scénario inquiétant résulte de plusieurs facteurs, mais les deux principaux sont le franc suisse trop fort et l’inflation dangereusement faible, explique Blick.
Le franc suisse est considéré comme une valeur refuge, ce qui explique sa hausse continue face aux incertitudes économiques mondiales. Cette situation profite aux investisseurs étrangers, mais nuit aux exportations suisses, dont les produits deviennent plus chers sur les marchés internationaux.
Pour la BNS, cette force du franc représente un problème majeur, surtout pour les entreprises exportatrices. En parallèle, l’inflation est tombée à 0,3 % en mars 2025 et semble se diriger vers des taux d’intérêt négatifs, ce qui inquiète encore davantage les autorités économiques suisses.
Dans ce contexte, la BNS pourrait se voir contrainte de baisser ses taux d’intérêt pour stimuler l’économie, mais cette décision comporte des risques considérables, tant pour les épargnants que pour la stabilité internationale de la Suisse.
Le dilemme des taux d’intérêt négatifs
L’idée d’une nouvelle baisse des taux d’intérêt n’est pas nouvelle. La Suisse a déjà vécu cette expérience avec des taux d’intérêt négatifs en 2015, lorsque la BNS avait décidé de les abaisser afin de freiner la montée du franc suisse.
Toutefois, une telle politique peut avoir des effets secondaires néfastes, notamment pour les épargnants. Ces derniers pourraient voir leur argent perdre de la valeur, ce qui pourrait créer une pression sociale et économique supplémentaire dans le pays.
Le président de la BNS, Martin Schlegel, est d’ailleurs conscient de ce dilemme. La situation est d’autant plus complexe que la BNS doit aussi tenir compte des relations internationales, notamment avec les États-Unis.
Donald Trump a souvent critiqué la Suisse, la qualifiant de « manipulatrice de devises » pour ses interventions sur le marché des changes. Si la BNS décide de baisser ses taux à nouveau, elle pourrait se retrouver dans une situation tendue avec l’administration américaine, d’autant plus que Trump semble déterminé à mener à bien ses menaces.
Gregor Kapferer, responsable des obligations suisses à la banque Vontobel, a souligné que la BNS devra être prudente, car la politique monétaire de la Suisse est désormais scrutée de près par les États-Unis.
Les risques pour l’économie suisse et ses relations internationales
La politique monétaire de la BNS fait face à des défis considérables. D’un côté, une baisse des taux d’intérêt pourrait rendre la monnaie suisse moins attractive et encourager les investissements. Mais de l’autre, cette même politique pourrait nuire à la stabilité du secteur bancaire et freiner l’épargne des ménages suisses.
De plus, une telle décision pourrait entraîner des tensions avec les États-Unis, qui ont déjà exprimé leur mécontentement face à la politique monétaire suisse. Le franc fort est une épée à double tranchant pour la Suisse. D’un côté, il protège l’économie contre des crises externes, mais de l’autre, il pénalise ses exportateurs.
La BNS doit donc gérer cet équilibre délicat, entre la nécessité de stimuler l’économie et les risques de représailles internationales. Selon le Financial Times, le dilemme de la BNS ne se limite pas seulement à la politique interne : il concerne aussi l’impact de ses décisions sur la place économique de la Suisse à l’échelle mondiale.








