La guerre en Iran provoque depuis plusieurs jours des perturbations majeures dans les transports internationaux et affecte directement les voyageurs européens. La Suisse est particulièrement concernée, avec plusieurs milliers de ressortissants actuellement bloqués dans la région du Moyen-Orient.
Si certaines liaisons aériennes commencent à reprendre vers Zurich, la situation reste instable et les capacités de transport demeurent limitées. Dans ce contexte tendu, la crise soulève également un débat en Suisse sur le rôle de l’État et la responsabilité individuelle des voyageurs confrontés à une crise géopolitique.
Une reprise progressive des vols mais un trafic encore très perturbé
Environ une semaine après le début du conflit, plusieurs compagnies aériennes du Golfe ont commencé à rétablir certaines liaisons avec la Suisse. L’aéroport de Zurich a ainsi confirmé la reprise partielle de vols reliant la région à la plateforme helvétique. La compagnie Emirates a notamment assuré jeudi soir un premier vol entre Dubaï et Zurich, marquant un premier signe de reprise du trafic.
Un appareil immobilisé à Zurich a également pu repartir vers Dubaï, mais sans passagers. Dans le même temps, un avion de Qatar Airways restait encore stationné sur le tarmac zurichois. D’autres compagnies tentent progressivement de relancer leurs opérations. Etihad Airways prévoit par exemple la reprise d’une rotation quotidienne entre Abu Dhabi et Zurich avec un Boeing Dreamliner. Avant le début des hostilités, la compagnie assurait jusqu’à trois vols par jour sur cette route.
La reprise reste toutefois très encadrée. Les transporteurs indiquent avoir mené des vérifications de sécurité approfondies avant de relancer leurs opérations. Les conditions de navigation aérienne demeurent en effet particulièrement complexes. Plusieurs espaces aériens dans la région restent fermés ou fortement restreints, ce qui limite les possibilités de transit.
Actuellement, seuls deux couloirs aériens permettent encore de relier l’Europe à l’Asie dans des conditions relativement sûres. L’un passe par la Turquie et l’Azerbaïdjan, l’autre par l’Arabie saoudite. Cette réduction des routes disponibles allonge les trajets et réduit la capacité globale du trafic international.
Les conséquences économiques commencent également à se faire sentir pour les compagnies aériennes. Lors d’une conférence de presse à Kloten, les responsables de Swiss ont expliqué qu’il était encore difficile de mesurer précisément l’impact financier du conflit, rapporte Blick. La hausse brutale des coûts de carburant constitue déjà une source d’inquiétude pour le secteur. Selon les données communiquées, le prix du carburant a progressé d’environ 50 % en une semaine. Si cette tendance se maintient, les coûts supplémentaires pourraient atteindre plusieurs centaines de millions de francs pour la compagnie.
Dans le même temps, certaines liaisons ont été suspendues. La réduction des vols assurés par certaines compagnies du Golfe a aussi provoqué un effet inattendu sur le marché : la demande pour les vols vers l’Asie au départ de l’Europe a augmenté, entraînant une hausse du prix des billets.
Plus de 5200 Suisses bloqués et un débat sur la responsabilité de l’État
Au-delà des perturbations du transport aérien, la crise touche directement plusieurs milliers de citoyens suisses présents dans la région. Selon le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), environ 5200 personnes se sont enregistrées dans l’application Travel Admin, qui permet aux voyageurs suisses d’annoncer leur présence à l’étranger.
Tous ne sont pas nécessairement bloqués, mais une partie importante d’entre eux cherche actuellement à quitter la région. Un premier vol spécial organisé par Swiss a permis de rapatrier 211 voyageurs depuis Mascate, la capitale d’Oman. L’appareil a atterri à Zurich jeudi après-midi. À ce stade, aucun autre vol spécial n’a été officiellement annoncé par la compagnie.
Pour tenter de soulager la situation, Edelweiss a augmenté la capacité de certains vols réguliers reliant Mascate et Salalah à Zurich. Le DFAE indique continuer à examiner différentes options afin d’aider les ressortissants suisses encore présents sur place.
Sur le terrain, la frustration monte parmi certains voyageurs. Depuis plusieurs jours, des citoyens suisses bloqués au Moyen-Orient expriment leur colère face à ce qu’ils perçoivent comme un manque de soutien des autorités. Plusieurs témoignages évoquent des appels restés sans réponse auprès des représentations diplomatiques et l’absence de solutions de transport organisées rapidement, indique Le Temps.
Cette situation relance une question sensible : l’État doit-il organiser et financer le retour de ses citoyens en cas de crise internationale ? En Suisse, la législation est relativement claire. Les personnes qui voyagent à l’étranger le font à leurs propres risques, que ce soit pour des vacances ou un déplacement professionnel. En pratique, la Confédération n’a donc pas l’obligation légale de prendre en charge le coût du rapatriement.
Au niveau politique, peu d’élus contestent ouvertement cette position. Certains reconnaissent néanmoins que la communication avec les citoyens concernés pourrait être améliorée. D’autres estiment que l’État doit intervenir uniquement dans les situations d’urgence, en coopération avec les compagnies aériennes et les pays partenaires.
La crise actuelle rappelle également la fragilité des déplacements internationaux dans un contexte géopolitique instable. Plusieurs experts en sécurité soulignent que les tensions au Moyen-Orient étaient déjà perceptibles depuis plusieurs mois, même si l’escalade récente a pris de nombreux voyageurs de court.
Les conséquences du conflit ne se limitent pas au transport aérien. La fermeture du détroit d’Ormuz perturbe également la navigation civile dans la région. Plusieurs navires de croisière ont dû interrompre leur itinéraire, dont le MSC Euribia de la compagnie suisse MSC Cruises. Environ 1500 passagers se sont retrouvés immobilisés à Dubaï.
Selon la compagnie, sept vols transportant des passagers ont déjà quitté la région afin de rapatrier une partie des voyageurs. Des avions affrétés et des places sur des lignes commerciales ont été mobilisés pour organiser leur départ progressif.








