Des milliards sous le matelas : Pourquoi les Suisses adorent-ils les billets de 1000 francs ?

En Suisse, le billet de 1000 francs reste essentiel pour la thésaurisation, utilisé tant par les particuliers que par les caisses de pension, bien qu’il comporte des risques liés à des pratiques illégales.

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Franc suisse
Des milliards sous le matelas : Pourquoi les Suisses adorent-ils les billets de 1000 francs ? : Crédit : Keystone | Econostrum.info - Suisse

En Suisse, le billet de 1000 francs, tout comme celui de 200 francs, joue un rôle bien plus important qu’on ne pourrait le penser. Bien qu’on les voie rarement en circulation, ces grosses coupures représentent 72% de la valeur des billets en circulation, soit 53 milliards de francs. 

Loin d’être simplement un moyen de paiement quotidien, ces billets sont avant tout utilisés pour la thésaurisation, à la fois par les particuliers et les caisses de pension. Dans un contexte où les paiements en espèces sont en déclin, ces coupures continuent à être un refuge pour ceux qui souhaitent conserver de la liquidité sans passer par les banques ou les systèmes électroniques.

La thésaurisation : un phénomène en forte croissance

Alors que l’utilisation des espèces dans les transactions commerciales a nettement diminué, le billet de 1000 francs reste un instrument clé pour l’épargne en Suisse. En 2024, la Banque nationale suisse (BNS) a rapporté que les paiements en espèces ne représentaient plus que 30% du total des transactions. Cependant, les grosses coupures, comme celles de 1000 et 200 francs, continuent de remplir une fonction importante : celle de servir de moyen de thésaurisation. Selon Marcel Stadelmann, chercheur à la Haute école zurichoise des sciences appliquées, les gens conservent des billets importants chez eux, car ils veulent détenir une véritable valeur en dehors des banques, rapporte la RTS. Ce phénomène est particulièrement marqué chez ceux qui n’ont pas confiance dans les institutions bancaires ou qui craignent des événements comme une coupure d’électricité qui paralyserait les systèmes de paiement numériques.

Une étude réalisée dans le cadre du « Swiss Payment Monitor 2025 » a révélé que 38,7% des Suisses conservent de l’argent liquide chez eux ou dans un coffre à la banque. En moyenne, chaque ménage détient 902 francs en espèces. Cette pratique de thésaurisation s’explique par le besoin de sécurité financière et de stabilité, surtout dans un environnement où les taux d’intérêt bancaires sont faibles, voire négatifs. L’argent liquide devient ainsi un moyen de conserver une certaine valeur dans un contexte où les rendements des placements bancaires sont de plus en plus faibles.

Les caisses de pension et l’argent liquide : un choix stratégique face aux taux négatifs

Au-delà des particuliers, les caisses de pension suisses représentent un autre acteur majeur dans l’utilisation des billets de 1000 francs. Marcel Stadelmann souligne que, dans un environnement de taux d’intérêt négatifs, les caisses de pension préfèrent détenir des liquidités plutôt que de laisser leur argent dormir dans des comptes bancaires, où il pourrait leur coûter. Cette stratégie permet à ces institutions de protéger une partie de leur portefeuille contre la perte de valeur liée à des rendements bancaires insuffisants. Les caisses de pension peuvent ainsi se tourner vers des billets de haute valeur pour conserver des montants importants en liquide, réduisant leur exposition aux risques bancaires tout en garantissant une certaine liquidité.

Cependant, cette utilisation des billets de 1000 francs pour la thésaurisation n’est pas sans conséquence. Elle représente un changement significatif par rapport à l’usage traditionnel de l’argent liquide comme moyen de paiement. Aujourd’hui, la fonction principale de l’argent liquide en Suisse est clairement devenue la thésaurisation, et non plus la facilitation des échanges commerciaux.

Un usage problématique : l’argent liquide et les activités criminelles

Malheureusement, la thésaurisation de grosses coupures n’est pas uniquement motivée par des raisons légitimes. Marcel Stadelmann met également en évidence l’usage des grosses coupures pour des activités criminelles, telles que le blanchiment d’argent ou l’évasion fiscale. En Suisse, il est facile de changer des billets de 1000 francs contre de plus petites coupures au guichet de la BNS. Jusqu’à 100’000 francs, la BNS ne demande que le nom de la personne qui échange l’argent, sans chercher à vérifier l’origine des fonds. Jusqu’à 15’000 francs, aucune information supplémentaire n’est requise, ce qui rend l’argent liquide particulièrement vulnérable aux activités non déclarées.

Cette facilité à échanger des grosses coupures sans contrôle strict est un facteur qui permet à des individus impliqués dans des transactions illicites de réintroduire de l’argent au sein du système financier sans éveiller de soupçons. La BNS, qui a enregistré en 2024 un volume de mouvements atteignant 45,8 milliards de francs au niveau de ses services de caisse à Berne et à Zurich, facilite ainsi cette circulation de l’argent liquide, bien qu’elle veille à limiter son rôle dans des pratiques illégales.

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