La Suisse face au spectre de la déflation : quel avenir pour les prix ?

En avril 2025, l’inflation en Suisse est restée stable, freinée par la baisse des prix de l’énergie et l’appréciation du franc, masquant un risque de déflation.

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La Suisse face au spectre de la déflation : quel avenir pour les prix ? - © Canva

L’inflation suisse a montré des signes de ralentissement ces derniers mois, culminant en avril avec une stabilité des prix à la consommation. Ce résultat surprenant se situe bien en deçà des attentes des économistes, qui avaient prévu une légère hausse des prix. Si cette situation peut sembler bénéfique à première vue, elle cache un risque de déflation qui pourrait freiner la consommation et affecter l’ensemble de l’économie du pays.

Les facteurs à l’origine de cette évolution sont multiples. Une appréciation significative du franc suisse par rapport au dollar, couplée à une chute des prix des produits énergétiques, a contribué à maintenir les prix à un niveau bas.

Néanmoins, certains secteurs, tels que les loyers, continuent d’exercer une pression sur l’inflation. Ce paradoxe pourrait mener à une situation délicate pour la Banque nationale suisse (BNS), qui devra ajuster sa politique monétaire face à ces évolutions, indique le Temps.

Une stagnation des prix à la consommation en avril 2025

Le mois d’avril 2025 a enregistré une inflation nulle, tant sur un an que sur un mois, selon les chiffres publiés par l’Office fédéral de la statistique (OFS). Ce chiffre est bien inférieur aux prévisions des économistes, qui tablaient sur une légère hausse des prix de 0,1 % à 0,3 %.

Cette stabilité des prix est en grande partie le résultat d’une chute des prix des produits énergétiques, en particulier le pétrole, qui ont baissé de 8,6 %. La baisse des prix des carburants et du transport aérien (-7,8 % et -9,5 % respectivement) a permis de compenser l’augmentation de certains autres postes de dépenses.

La forte appréciation du franc suisse par rapport au dollar a également joué un rôle important dans cette évolution. Les produits importés, notamment l’énergie, ont connu une forte baisse, limitant ainsi la hausse des prix à la consommation. La combinaison de ces facteurs a contribué à un freinage notable de l’inflation, malgré les attentes d’une augmentation modérée des prix.

L’impact des loyers sur l’inflation

Un des principaux moteurs de l’inflation en Suisse demeure l’augmentation des loyers. En avril 2025, les loyers ont progressé de 3,2 %, ce qui représente une forte hausse par rapport aux mois précédents.

Les loyers constituent en effet un poste de dépense majeur pour de nombreux ménages suisses, et leur augmentation continue exerce une pression importante sur l’inflation. Par ailleurs, les prix des produits alimentaires et des soins de santé ont enregistré des baisses respectives de 0,8 % et 0,3 %.

L’analyse des experts de VP Bank souligne que, sans l’effet des loyers, l’inflation aurait été négative de 0,7 % sur un an. Cette observation met en lumière l’importance des loyers dans l’évolution des prix en Suisse, et montre que si cette tendance se poursuit, la déflation pourrait rapidement devenir une réalité.

De plus, le prix du chocolat a augmenté de 13 % en raison de la hausse du coût du cacao, un exemple des effets sectoriels particuliers qui influencent la dynamique des prix dans le pays, selon le média helvétique.

La politique monétaire de la Banque nationale suisse face à la déflation

Dans ce contexte de stagnation des prix et de risque accru de déflation, la Banque nationale suisse (BNS) pourrait devoir réagir par une réduction de ses taux directeurs.

Actuellement à 0,25%, ces taux pourraient passer à 0 % dès juin 2025, selon les prévisions des économistes. Cette décision viserait à stimuler l’économie en rendant l’emprunt plus attractif et en incitant à la consommation. Toutefois, la BNS pourrait aussi recourir à des taux négatifs, une solution qu’elle n’a pas écartée, bien qu’elle soit considérée comme une mesure de dernier recours.

Les experts soulignent que l’introduction de taux négatifs pourrait être risquée, surtout en raison des sanctions potentielles des États-Unis. Washington a déjà critiqué la Suisse pour manipulation de devises dans le passé et une intervention sur le marché des changes pourrait de nouveau provoquer des tensions diplomatiques.

L’objectif de la BNS reste de maintenir la stabilité des prix, avec un objectif d’inflation compris entre 0 % et 2 %. Pour cela, l’institution pourrait aussi renforcer sa communication pour éviter que les anticipations d’inflation ne se détériorent davantage.

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