Le gaspillage alimentaire reste un problème majeur en Suisse, avec des conséquences à la fois économiques et environnementales considérables. En moyenne, chaque habitant jette chaque année des aliments d’une valeur de 600 francs, représentant environ 310 kg de nourriture par personne.
Bien que le gouvernement suisse ait mis en place un plan d’action ambitieux pour réduire ce gaspillage, les résultats obtenus à ce jour sont décevants. En 2022, le Conseil fédéral a lancé des initiatives visant à diviser par deux les déchets alimentaires d’ici 2030, mais le retard accumulé par rapport aux objectifs reste préoccupant.
L’ampleur du gaspillage alimentaire : un défi quotidien
Chaque année, en Suisse, environ 2,8 millions de tonnes de nourriture sont jetées. Cela représente une quantité colossale qui pourrait remplir 280 000 camions de 10 tonnes, s’étendant sur une distance impressionnante de Zurich à Téhéran, rapporte Watson. Les produits les plus gaspillés sont les produits laitiers, suivis par les légumes et le pain. Le gaspillage alimentaire ne concerne pas seulement les produits invendus dans les magasins ou les restes des restaurants, mais surtout les ménages, qui sont responsables de la majeure partie de ce phénomène. En effet, chaque Suisse jette, en moyenne, des aliments d’une valeur de 600 francs chaque année.
Ce gaspillage alimentaire a des répercussions économiques, environnementales et sociales majeures. D’une part, la perte de ressources alimentaires s’accompagne d’un gaspillage d’eau, d’énergie et de main-d’œuvre, mobilisées pour la production, la transformation, le transport et la distribution des produits alimentaires. D’autre part, la destruction de ces aliments engendre des émissions de gaz à effet de serre, contribuant ainsi à l’accélération du changement climatique. Environ un quart des émissions de gaz à effet de serre liées à l’alimentation proviennent du gaspillage alimentaire, ce qui souligne l’importance de changer nos comportements de consommation.
Les causes du gaspillage alimentaire sont variées. Dans de nombreux foyers, des aliments sont jetés en raison de leur expiration, souvent confondue avec la date de péremption ou la date limite de consommation. Les achats excessifs, la mauvaise gestion des stocks à domicile ou encore une planification insuffisante des repas sont des facteurs contribuant à cette situation. De plus, la société moderne semble privilégier la consommation immédiate, ce qui mène à l’oubli ou au rejet des produits stockés, même lorsqu’ils sont encore parfaitement consommables.
Les efforts pour réduire le gaspillage alimentaire : progrès limités mais encourageants
Face à l’ampleur du gaspillage alimentaire, la Suisse a mis en place plusieurs initiatives pour lutter contre ce phénomène. En 2022, le gouvernement a lancé un plan d’action national avec un objectif ambitieux : réduire de moitié le gaspillage alimentaire d’ici 2030. Ce plan couvre toute la chaîne de valeur alimentaire, de l’agriculture à la consommation, et implique différents secteurs, tels que les entreprises, les associations et les citoyens. Un des principaux leviers de cette lutte consiste à sensibiliser le public, en particulier les ménages, à l’impact de leurs comportements alimentaires et à leur donner des outils pour mieux gérer leurs achats et leurs déchets.
Le commerce de détail a réalisé des progrès notables dans cette lutte. Par exemple, des enseignes comme Coop ont réussi à réduire leur gaspillage alimentaire d’environ 20 % ces dernières années. Ces entreprises ont mis en place des initiatives telles que la vente de produits proches de la date de péremption à prix réduits ou leur redistribution à des associations caritatives. Le pain rassis est également valorisé dans certaines installations de biogaz ou utilisé comme alimentation animale, évitant ainsi de nombreuses pertes.
De même, certaines entreprises du secteur de la restauration ont réduit leurs pertes de manière significative, avec des établissements qui ont réussi à réduire leur gaspillage alimentaire de 50 %. Un outil de mesure mis en place par Gastro Suisse, en collaboration avec la Confédération, a permis aux restaurateurs d’identifier les principales sources de gaspillage et d’adopter des stratégies plus efficaces pour réduire leurs pertes, tout en réalisant des économies substantielles.
Malgré ces progrès, les résultats obtenus restent insuffisants. Le rapport intermédiaire sur le plan d’action national, publié par l’Université des sciences appliquées de Zurich (ZHAW), montre que la réduction du gaspillage alimentaire entre 2017 et 2024 n’atteint que 5 %, loin des 25 % prévus pour la fin de l’année 2024. Le rapport souligne que les accords volontaires entre les acteurs économiques, bien qu’efficaces pour ceux déjà engagés, ne suffisent pas à entraîner un changement systémique. Un cadre législatif plus strict pourrait être nécessaire pour garantir l’atteinte des objectifs fixés.
Le secteur agricole, en particulier, manque de données précises sur le gaspillage alimentaire, ce qui complique la mise en place de solutions adaptées. De plus, la collaboration entre les différents acteurs de la chaîne de valeur reste insuffisante. Pour que la Suisse atteigne ses objectifs de réduction du gaspillage alimentaire, une collaboration plus étroite entre les producteurs, les détaillants, les restaurateurs et les consommateurs est indispensable.








