Ce que la Suisse pourrait gagner de l’accord entre Washington et Pékin

À Genève, États-Unis et Chine ont annoncé une avancée majeure. La Suisse, hôte des pourparlers, a été saluée par Washington.

Publié le
Lecture : 2 min
Drapeaux des États-Unis et de la Suisse
Ce que la Suisse pourrait gagner de l’accord entre Washington et Pékin - © Sutterstock

Les négociations entre les deux plus grandes économies mondiales ont eu lieu dans un contexte de tensions prolongées, marquées par l’instauration de tarifs douaniers punitifs par les États-Unis. Ces échanges, tenus à Genève, interviennent à un moment stratégique, entre une visite de Xi Jinping à Moscou et un déplacement imminent de Donald Trump en Arabie saoudite.

La Confédération helvétique, par son rôle d’hôte et les relations personnelles établies entre ses représentants et les négociateurs américains, semble bien positionnée pour tirer avantage de cette séquence diplomatique. Karin Keller-Sutter, actuelle présidente de la Confédération, a joué un rôle discret mais central dans l’accueil des délégations.

Un accord annoncé après une escalade commerciale brutale

Le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a annoncé dimanche soir à Genève que des « progrès substantiels » avaient été réalisés avec la Chine. Ces propos, relayés par Blick, font suite à une série de mesures tarifaires décidées par Donald Trump le 2 avril, notamment des droits de douane de 145 % sur les importations chinoises, qui ont presque stoppé les échanges commerciaux entre les deux pays, évalués à 600 milliards de dollars par an.

Le Wall Street Journal a souligné que cet accord est survenu plus tôt que prévu par la majorité des observateurs économiques. La Maison Blanche a rapidement diffusé un communiqué confirmant un accord commercial à Genève, juste après la fin des discussions entre la délégation américaine dirigée par Scott Bessent et Jamieson Greer, et la délégation chinoise menée par le vice-Premier ministre He Lifeng.

La Suisse reconnue comme un facilitateur discret mais influent

Les États-Unis ont exprimé leur gratitude à la Suisse pour son accueil des pourparlers dans la résidence de l’ambassadeur suisse auprès des Nations unies à Genève. Scott Bessent a remercié la Confédération dès la fin des négociations, saluant un cadre qui aurait favorisé « une grande partie de la productivité ».

Cette reconnaissance s’est prolongée dans le communiqué officiel de la présidence américaine. Karin Keller-Sutter a reçu les deux délégations, en parallèle des discussions. Elle avait aussi rencontré Scott Bessent à Washington le 25 avril, en compagnie de Guy Parmelin.

Cette proximité diplomatique pourrait s’avérer bénéfique, d’autant que l’augmentation de 31 % des droits de douane sur les produits suisses annoncée par Trump début avril pourrait désormais être révisée.

Une position favorable pour la Suisse face aux rivalités transatlantiques

La séquence diplomatique joue en faveur de la Suisse. Le 8 mai, un accord a été trouvé entre les États-Unis et le Royaume-Uni, permettant à Londres d’éviter une hausse des tarifs douaniers américains, notamment sur les automobiles, en échange d’une ouverture aux produits agricoles américains.

Cette approche bilatérale laisse entrevoir une éventuelle initiative similaire avec Berne. Selon un diplomate européen cité par le média helvétique, « un deal prochain avec la Suisse » pourrait être mis en scène par Trump, dans une logique de pression envers la Commission européenne.

Le nouveau chancelier allemand Friedrich Merz a affirmé qu’aucun accord parallèle ne serait envisagé tant qu’une proposition globale ne serait pas présentée à Bruxelles.

L’Union européenne a également prévu de riposter aux mesures américaines par des contre-tarifs si aucun compromis n’est trouvé. L’UE envisage par ailleurs d’activer une procédure devant l’Organisation mondiale du commerce, dont le siège se trouve à Genève.

La Suisse, avec ses investissements de 350 milliards de dollars aux États-Unis, représentant environ 400 000 emplois et un excédent commercial annuel de 40 milliards de francs, reste un acteur de poids dans ce jeu diplomatique tendu.

Laisser un commentaire

Share to...