L’année qui s’est écoulée a été marquée par une série de défis économiques mondiaux qui ont suscité des inquiétudes quant à la compétitivité de la Suisse. Des experts, dont ceux du Financial Times, évoquent la possibilité d’un déclin du pays en raison de sa lente adaptation aux évolutions géopolitiques et économiques.
Toutefois, certains dirigeants helvétiques maintiennent une vision plus optimiste, soulignant la résilience du système suisse. Face à ces divergences, la question se pose : la Suisse pourra-t-elle conserver son modèle de réussite ou devra-t-elle réinventer ses stratégies pour faire face aux bouleversements mondiaux ?
Les tensions mondiales : un test pour le modèle économique suisse
La Suisse a connu une année 2025 difficile, marquée par des tensions géopolitiques et économiques qui ont affecté les fondements de son modèle économique. L’année a débuté avec des inquiétudes liées à la politique de Donald Trump, aux droits de douane, ainsi qu’à la question de la régulation des prix des médicaments, des sujets qui ont fait naître des doutes sur la compétitivité du pays. Le Financial Times a rapporté que les événements mondiaux ont mis en lumière certaines fragilités du système économique suisse, notamment dans le secteur de la gestion de fortune, traditionnellement l’un des piliers de l’économie du pays.
Le défi majeur de la Suisse réside dans la concurrence accrue des autres centres financiers mondiaux, ainsi que dans le poids des décisions politiques nationales qui, selon certains observateurs, ralentissent la capacité du pays à réagir rapidement aux nouvelles dynamiques économiques. Par exemple, Colm Kelleher, président d’UBS, a exprimé des préoccupations concernant la perte de compétitivité de la Suisse, affirmant que le pays se trouve à un « carrefour » avec des défis majeurs à relever, relate Blick. La concurrence dans le secteur financier international, combinée aux projets de régulation de la Confédération, met en lumière la nécessité pour la Suisse de repenser certains aspects de son modèle économique.
Le secteur bancaire suisse, symbolisé par des géants comme UBS et Credit Suisse, se trouve particulièrement exposé. La hausse du franc suisse, bien qu’elle témoigne de la stabilité de la monnaie, représente un défi pour les exportations. La forte appréciation de la monnaie a rendu les produits suisses moins compétitifs sur le marché international, un facteur qui a touché des secteurs comme l’industrie horlogère et les produits pharmaceutiques. Malgré cela, les exportations suisses restent solides grâce à la capacité des entreprises à s’adapter rapidement aux pressions externes. Cependant, la question demeure : jusqu’à quand la Suisse pourra-t-elle maintenir son modèle sans ajuster en profondeur ses pratiques économiques ?
Un système politique solide, mais trop lent ?
Une autre source de tension réside dans la lenteur du système politique suisse, souvent perçu comme un obstacle à l’adaptation rapide aux évolutions mondiales. Cette question a été particulièrement mise en avant dans les discussions sur la guerre en Ukraine, où la Suisse a été accusée de ne pas prendre position assez fermement. Cette perception a créé un malaise international, certains observateurs estimant que la neutralité suisse pourrait devenir un frein dans un monde de plus en plus polarisé.
Des figures importantes de l’économie suisse, comme Severin Schwan, président de Roche, ont exprimé leurs préoccupations sur la lenteur du processus décisionnel politique. Selon lui, cette lenteur empêche la Suisse de s’adapter aux flux d’investissements changeants, mettant en péril la compétitivité du pays. Cette lenteur pourrait également se traduire par une perte d’opportunités dans des secteurs stratégiques comme la biotechnologie et les investissements étrangers.
Cependant, des personnalités suisses, telles que Philipp Hildebrand, vice-président de BlackRock, rappellent que la capacité d’adaptation de la Suisse n’est pas à sous-estimer. En dépit de ces critiques, les entreprises suisses ont su démontrer une résilience impressionnante. L’un des exemples les plus marquants de cette capacité d’adaptation est l’appréciation du franc suisse, qui a mis les entreprises exportatrices sous pression. Cependant, ces dernières ont su ajuster leurs stratégies pour maintenir leur compétitivité sur les marchés internationaux. Philipp Hildebrand souligne qu’au niveau économique, la Suisse a montré une grande agilité, parvenant à préserver la solidité de ses exportations malgré les défis monétaires.
De plus, la Suisse a également démontré sa capacité à apprendre de ses erreurs, comme en témoigne l’évolution de sa position sur la guerre en Ukraine. Bien que sa position initiale ait été perçue comme un refus tacite de soutenir l’Ukraine, le pays a rapidement ajusté sa politique, notamment en permettant l’exportation de matériel de guerre. Cette réactivité montre que, même si la Suisse est parfois lente à réagir, elle sait apprendre et s’adapter, ce qui reste un atout dans un monde en constante évolution.








