La crise douanière qui oppose la Suisse aux États-Unis s’intensifie, poussant le Conseil fédéral à envisager des mesures inédites. Depuis que Donald Trump a imposé des restrictions pénalisant les exportations suisses, le débat politique s’est enflammé autour de la stratégie à adopter.
Entre appels au boycott, critiques ciblées contre le ministre des affaires étrangères Ignazio Cassis et discussions sur de possibles concessions, la situation reste tendue. Ce bras de fer commercial met à l’épreuve la capacité de la Suisse à défendre ses intérêts tout en préservant ses relations bilatérales.
Boycott et critiques internes contre la gestion du dossier
Face à la fermeté américaine, plusieurs voix politiques réclament désormais des contre-mesures. Philipp Matthias Bregy, président du Centre, plaide pour des sanctions douanières ciblées sur des produits américains comme le vin ou la bière, relate Blick. Il appelle aussi à taxer les biens américains transitant par d’autres pays. Le conseiller national Reto Nause a choisi une riposte personnelle en renonçant à certains produits, comme les iPhones, dans l’espoir de voir les consommateurs suisses adopter une démarche similaire.
La gestion du dossier par Ignazio Cassis est vivement contestée. Des parlementaires lui reprochent d’avoir tardé à établir un contact avec le sénateur américain Marco Rubio avant une échéance jugée cruciale, le 1er août. Le président de l’UDC, Marcel Dettling, estime que Cassis et son équipe diplomatique portent une large responsabilité dans la dégradation du dialogue. Ces critiques révèlent des divergences profondes au sein de la classe politique sur la conduite à tenir face aux pressions américaines.
Stratégies alternatives et concessions commerciales discutées
Pour sortir de l’impasse, la Suisse envisage d’activer des réseaux parallèles, comme celui du « Mar-a-Lago Crew », composé d’entrepreneurs helvétiques aux États-Unis. Cette initiative, perçue par certains comme un signe de faiblesse, est dénoncée par le Parti socialiste, qui y voit un alignement dangereux sur la logique d’influence proche de Donald Trump.
Le gouvernement réfléchit également à des gestes susceptibles de détendre la situation, notamment via l’achat de matériel militaire américain. Lors d’une conférence de presse à Berne, la ministre Karin Keller-Sutter a évoqué explicitement l’acquisition de munitions. En parallèle, les négociateurs étudient une réduction des droits de douane sur la viande de bœuf américaine, avec un système de contingents pour limiter l’effet sur les producteurs locaux.
Marcel Dettling se dit ouvert à cette option, rappelant que la production nationale ne couvre pas la demande et que la viande américaine, produite avec hormones, ne séduirait probablement pas le marché suisse. En revanche, il refuse toute extension de la durée du chômage partiel à 24 mois pour les entreprises touchées.
Ce dossier complexe illustre la difficulté de concilier fermeté diplomatique, défense des filières locales et maintien de relations commerciales stratégiques. Les décisions prises dans les semaines à venir pourraient redéfinir la position de la Suisse sur l’échiquier économique transatlantique.








