La Suisse, dixième créancier des États-Unis avec 300 milliards de dollars

La Suisse détient près de 300 milliards de dollars de bons du Trésor américain, la plaçant parmi les dix plus grands créanciers des États-Unis. Une position qui interroge sur son utilité diplomatique.

Publié le
Lecture : 2 min
Dollars
La Suisse, dixième créancier des États-Unis avec 300 milliards de dollars - © Canva

Environ un tiers de la dette publique américaine est entre les mains d’acteurs étrangers, principalement en Asie. Dans ce paysage, la Suisse émerge comme un acteur discret mais significatif. Le montant détenu, relayé par la RTS, la place juste après les géants que sont le Japon et la Chine.

Dans un contexte international marqué par des tensions commerciales et des redéfinitions des équilibres géopolitiques, certains observateurs s’interrogent sur la possibilité d’utiliser cette position comme un levier lors de négociations. L’idée soulève des débats, mais se heurte à plusieurs réalités structurelles internes.

Une dette étrangère au cœur des relations géoéconomiques

La dette américaine dépasse aujourd’hui les 36 000 milliards de dollars. Sur ce total, environ un tiers est détenu par des créanciers étrangers. Le Japon est le principal détenteur avec environ 1000 milliards de dollars, suivi de la Chine avec environ 760 milliards. La Suisse, avec 300 milliards de dollars, se classe à la dixième position mondiale.

Selon François Savary, stratégiste et fondateur de Genvil, interrogé par le média helvétique, cette position pourrait constituer un outil de négociation pour la Suisse dans ses relations commerciales avec les États-Unis.

Il souligne que dans la redéfinition des relations mondiales menée par Washington, les questions de dette publique sont intégrées à une stratégie globale, au même titre que les considérations commerciales ou militaires.

L’hypothèse d’un usage stratégique de la dette n’est pas nouvelle. Une vente massive de bons du Trésor par un créancier étranger pourrait entraîner une hausse des rendements, affectant les taux d’intérêt américains et, par ricochet, l’économie entière. Une telle démarche pourrait donc théoriquement servir de levier diplomatique.

Une indépendance monétaire qui verrouille les options politiques

En pratique, cette perspective reste très limitée pour la Suisse. La majorité de cette dette américaine est détenue par la Banque nationale suisse (BNS), une institution juridiquement indépendante.

Comme l’a expliqué Daniel Varela, chef des investissements à la banque Piguet Galland, le gouvernement suisse ne peut pas ordonner à la BNS de vendre ses bons du Trésor, même dans un objectif stratégique.

Remettre en cause cette indépendance reviendrait à ébranler l’un des piliers de la prospérité économique suisse. Pour cette raison, une intervention directe du Conseil fédéral dans les décisions de la BNS est considérée comme incompatible avec l’architecture institutionnelle actuelle.

Lauréline Renaud Chatelain, experte obligataire chez Pictet Wealth Management, partage cette analyse. Elle estime qu’il serait très surprenant de voir la BNS s’immiscer dans des considérations politiques, et rappelle que le Conseil fédéral ne détient aucun pouvoir formel pour forcer la vente de ces actifs.

Une mobilisation collective difficile à envisager

Même si le Conseil fédéral décidait de suggérer une telle démarche, les chances qu’elle soit suivie d’effet sont minimes. Convaincre les investisseurs institutionnels ou les clients privés de liquider leurs avoirs en bons du Trésor américains semble hautement improbable. Daniel Varela affirme ne pas croire qu’un appel du gouvernement à vendre ces actifs puisse être appliqué dans les faits.

Dans ce contexte, seule la Chine, qui détient ses avoirs via des institutions étatiques, disposerait réellement de la capacité d’utiliser la dette américaine comme une monnaie d’échange politique. La Suisse, en revanche, bien que placée parmi les plus grands créanciers, se retrouve structurellement empêchée de faire de cette situation un levier opérationnel.

Laisser un commentaire

Share to...