Dubaï, anciennement perçue comme un centre commercial et touristique, est aujourd’hui un acteur majeur dans le secteur de la gestion des grandes fortunes. Les familles ultra-riches, notamment celles ayant des liens historiques avec la Suisse, ont progressivement choisi de se redéployer vers la cité des Émirats pour profiter de ses conditions fiscales attractives et d’une confidentialité préservée.
Ce phénomène est la conséquence directe de l’accumulation de facteurs qui réduisent l’attrait de la Suisse, traditionnellement un sanctuaire pour les grands patrimoines. Selon des informations récentes du « Financial Times », ce sont près de 200 bureaux de gestion, jusqu’alors installés en Suisse, qui ont choisi Dubaï comme nouvelle place financière en 2024.
La Suisse : un modèle en déclin face à des réglementations de plus en plus contraignantes
Au cours des dernières décennies, la Suisse a constitué la référence mondiale en matière de gestion de grandes fortunes familiales. Les « family offices », structures spécialisées dans la gestion de patrimoines privés, y ont trouvé un terreau fertile pour gérer des biens transmis de génération en génération. Cependant, ce modèle est aujourd’hui remis en question. Des professionnels du secteur citent l’accroissement des obligations fiscales et réglementaires comme principales raisons de ce déclin.
En 2024, une initiative populaire lancée par la Jeunesse Socialiste, visant à introduire un impôt fédéral de 50% sur les successions supérieures à 50 millions de francs, a marqué un tournant. Bien que ce projet ait de faibles chances d’être adopté, il a semé un climat d’« insécurité juridique » qui incite de plus en plus de grandes fortunes à envisager d’autres juridictions. À cela s’ajoutent les règles de transparence accrues, telles que celles imposées par les législations anti-blanchiment et anti-évasion fiscale. La Suisse a ainsi perdu une part importante de la confidentialité qui faisait sa réputation. En revanche, Dubaï attire grâce à un cadre législatif plus flexible, offrant davantage de discrétion pour la gestion des avoirs privés.
Dubaï : un environnement plus souple et moderne pour les grands patrimoines
L’attrait de Dubaï repose sur une combinaison d’avantages fiscaux et réglementaires qui surpassent les contraintes suisses. En 2024, pas moins de 200 family offices se sont installés dans l’émirat, portant à 800 le nombre total de structures de gestion de gros patrimoines présents dans la région, relate Blick. Ce qui séduit particulièrement les familles ultra-riches, c’est la possibilité de préserver une grande confidentialité, un critère essentiel lorsque l’on gère des fortunes de plusieurs milliards de dollars.
Dubaï n’impose pas de taxes sur les successions et bénéficie d’une fiscalité globale plus avantageuse. En outre, les exigences de régulation sont moins lourdes que celles en vigueur en Suisse. Par exemple, un family office qui gère les actifs de plus de 20 clients ou qui dépasse un certain seuil de gestion doit en Suisse obtenir une licence de gestionnaire de portefeuille. Cela engendre une régulation coûteuse et contraignante, alors qu’à Dubaï, la définition de family office est plus souple et ne nécessite pas ce type de licence, ce qui permet aux structures de fonctionner avec plus de liberté et de flexibilité.
Dubaï bénéficie aussi du recul de la compétitivité d’autres places financières internationales, comme Londres, qui a perdu son statut de refuge fiscal avec la suppression du statut de « résident non domicilié ». Parallèlement, les tensions politiques et économiques en Europe, notamment les sanctions contre la Russie, ont poussé certaines grandes fortunes à chercher un climat plus stable et plus prévisible. De ce point de vue, Dubaï se positionne comme une alternative moderne, en particulier pour ceux qui souhaitent profiter d’un cadre plus favorable pour les fintechs, la crypto-monnaie et la structuration transfrontalière des actifs.
Si la Suisse reste un centre de choix pour la gestion des grandes fortunes, le modèle qu’elle propose est de plus en plus mis à mal par ses réglementations et sa fiscalité croissante. Dubaï, quant à lui, se positionne comme une alternative stratégique en raison de sa stabilité fiscale, de sa souplesse réglementaire et de sa discrétion.








