Prévue pour sauver les seniors de la pauvreté, cette aide financière de plus de 2600 francs par mois peine à trouver ses bénéficiaires

La rente-pont, conçue pour protéger les chômeurs de plus de 60 ans, reste peu sollicitée, mais le Conseil fédéral maintient le dispositif et prévoit une évaluation.

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Prévue pour sauver les seniors de la pauvreté, cette aide financière de plus de 2600 francs par mois peine à trouver ses bénéficiaires : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Depuis 2021, les chômeurs de plus de 60 ans arrivés en fin de droit et confrontés à des difficultés financières peuvent prétendre à une rente-pont. Cette mesure a été conçue pour prévenir le basculement dans la pauvreté et éviter que ces personnes épuisent leurs économies et leur 3e pilier avant de devoir recourir à l’aide sociale. 

Malgré ses objectifs sociaux ambitieux, la rente-pont reste nettement moins sollicitée que prévu par les autorités. Face à ce constat, la Confédération prévoit une évaluation officielle du dispositif afin de déterminer son efficacité et d’identifier d’éventuels ajustements.

Des débuts timides et un dispositif sous-utilisé

La rente-pont a été introduite à la suite du rejet de l’initiative dite de limitation de l’UDC en septembre 2020. Elle devait répondre à la vulnérabilité des chômeurs âgés en fin de droit, en leur offrant un soutien financier mensuel. Selon les estimations de l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS), environ 2000 personnes auraient dû bénéficier de la rente-pont en 2022, pour un montant mensuel de 3600 francs par personne et un coût total estimé à 70 millions de francs. Dans les faits, les chiffres sont beaucoup plus modestes : fin 2022, 694 chômeurs touchaient la rente-pont pour un montant moyen de 2600 francs par mois. En 2024, les chiffres provisoires indiquent 822 bénéficiaires, avec un montant moyen de 2650 francs par mois, relate Blick. L’OFAS estime que ces chiffres pourraient encore augmenter de 20% en raison d’annonces tardives, mais les coûts restent loin des prévisions initiales, à 28 millions de francs.

Cette sous-utilisation peut être en partie attribuée à la pandémie de coronavirus, qui avait conduit à la prolongation temporaire des indemnités journalières pour l’ensemble des chômeurs. À cette époque, l’OFAS avait déjà observé que moins de personnes demandaient la rente-pont que prévu. Par ailleurs, les montants mensuels initialement estimés avaient été surévalués. La pandémie a donc retardé la mise en place pleine du dispositif et réduit le nombre de bénéficiaires potentiels dans les premières années.

Les statistiques montrent également une différence entre les sexes parmi les bénéficiaires. Les hommes représentent la majorité et touchent des montants légèrement plus élevés que les femmes. En décembre 2023, 122 hommes âgés de 60 à 64 ans étaient arrivés en fin de droit, contre 46 femmes âgées de 60 à 63 ans. L’OFAS précise que l’âge de la retraite pour les femmes ayant été relevé récemment contribue à cette différence. Selon l’Office, le nombre de bénéficiaires ne reflète pas la situation générale des plus de 60 ans sur le marché du travail, car la rente-pont est attribuée en fonction des besoins économiques et familiaux spécifiques à chaque demandeur. Une personne qui demande cette aide se trouve donc dans une situation financière particulièrement critique, ce qui ne correspond pas à tous les seniors en recherche d’emploi.

Une évaluation en cours et un maintien du dispositif

Le faible recours à la rente-pont a suscité des interrogations sur son utilité et son efficacité. Interrogé à ce sujet, l’OFAS renvoie à une évaluation à venir, prévue par la loi. Le Conseil fédéral doit présenter un rapport au Parlement au cours de l’année 2026, qui devra notamment indiquer si la rente-pont atteint son objectif de prévention de la pauvreté. La date exacte de publication n’a pas encore été fixée.

Malgré ces critiques et le faible recours observé, le Conseil fédéral a choisi de maintenir le dispositif. Des experts avaient pourtant recommandé de supprimer la rente-pont dans le cadre d’un allègement budgétaire, jugeant qu’elle n’était pas suffisamment utilisée pour justifier son coût. Le gouvernement a toutefois refusé cette recommandation, considérant que la rente-pont reste un instrument utile pour soutenir les chômeurs âgés les plus vulnérables. Actuellement, le Parlement discute des mesures d’économie pour les années à venir, mais la rente-pont n’est pas menacée de suppression. Ce maintien témoigne de la volonté des autorités de protéger cette frange de la population contre le risque de pauvreté extrême.

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