Banquiers, pharmas, tech : qui domine vraiment le top des salaires en Suisse ?

Les rémunérations des dirigeants en Suisse obéissent de moins en moins à la logique de la taille ou de la performance économique mesurable, et de plus en plus à des mécanismes financiers et boursiers spécifiques.

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Salaires des patrons suisses
Les salaires explosent : qui sont les patrons suisses qui touchent plus que ceux des multinationales ? : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Le classement des patrons les mieux rémunérés de Suisse en 2024 marque une rupture notable avec les années précédentes. Les dirigeants de grandes multinationales ne sont plus automatiquement en tête du palmarès. 

Des entreprises plus petites ou moins connues accaparent désormais les premières places grâce à des événements financiers ponctuels. Cette évolution soulève de nombreuses questions sur la cohérence des rémunérations et les critères réels qui les justifient.

Galderma, Partners Group, OC Oerlikon : les outsiders en tête

Le Danois Flemming Ornskov, PDG de Galderma, arrive en première position du classement des patrons les mieux payés en Suisse, avec près de 19 millions de francs. Son entreprise, spécialisée dans les traitements dermatologiques et esthétiques injectables, ne figure pourtant pas encore dans l’indice SMI, qui regroupe les 20 plus grandes entreprises suisses cotées. La valorisation de Galderma atteint 32 milliards de francs, mais c’est surtout l’introduction en bourse réussie au printemps 2024 qui a dopé la rémunération de son dirigeant. Selon la fondation Ethos, trois quarts de cette somme ont été versés en actions, dont la valeur a doublé.

En deuxième position, David Layton, PDG de Partners Group, touche 16,9 millions de francs, dépassant ainsi Sergio Ermotti, à la tête d’UBS, qui a perçu un peu moins de 15 millions. UBS, poids lourd du secteur bancaire, a pourtant une capitalisation nettement plus élevée. La modération dans la rémunération d’Ermotti pourrait être liée à des considérations politiques, notamment après la reprise controversée de Credit Suisse. Malgré cela, Ethos souligne qu’il reste le banquier le mieux rémunéré d’Europe, devant Andrea Orcel (Unicredit), avec 12,4 millions.

Autre figure marquante du classement, Michael Süss, dirigeant d’OC Oerlikon, une entreprise industrielle valorisée à moins d’un milliard de francs. Il a pourtant perçu 9,6 millions en 2024, soit six fois le montant maximal recommandé par Ethos. Ce déséquilibre interroge, notamment parce que l’actionnaire principal, Viktor Vekselberg, ne justifie pas publiquement cette allocation.

Dans le domaine pharmaceutique, Vasant Narasimhan (Novartis) a reçu 14,2 millions, mais ses revenus réalisés — intégrant les actions et droits de participation — atteindraient 19,2 millions, ce qui le placerait au deuxième rang du classement basé sur les performances boursières. Thomas Schinecker (Roche), quant à lui, reste derrière Pascal Soriot d’AstraZeneca, qui domine le secteur en Europe avec 18,7 millions.

Enfin, Jan Jenisch, désormais à la tête d’Amrize après avoir dirigé Holcim, figure aussi parmi les patrons mieux payés avec 45,8 millions, dont 35 millions issus d’options exercées à un cours très favorable. Si l’on ne considère que les montants réalisés, il deviendrait le premier du classement, devant même Ornskov.

Un lien toujours flou entre performance économique et rémunération

La fondation Ethos, qui établit chaque année cette analyse, pointe une constante : l’absence de corrélation statistique claire entre performance de l’entreprise et niveau de rémunération du dirigeant. Lors d’une conférence à Zurich, Vincenz Kaufmann, directeur d’Ethos, a résumé la situation : « Nous avons fait beaucoup de calculs, mais nous n’avons toujours trouvé aucun lien statistique ».

Ce constat fragilise l’idée selon laquelle les hauts salaires seraient uniquement la conséquence d’une performance économique ou stratégique. Les cas de rémunérations très élevées dans des entreprises de taille moyenne ou faible — comme OC Oerlikon — illustrent la complexité d’un système dans lequel les mécanismes de rémunération à long terme peuvent produire d’importants écarts. Ces dispositifs incluent souvent des actions bloquées, des bonus différés ou des options de souscription dont la valeur dépend des fluctuations de marché, sans lien direct avec l’efficacité managériale.

La situation particulière de la Suisse renforce encore cette dynamique. Le droit helvétique accorde aux présidents de conseils d’administration un rôle stratégique plus développé que dans d’autres pays. Cette spécificité structurelle explique en partie des écarts de salaire, même si le salaire médian pour cette fonction atteint 1,3 million, soit environ le double de celui de leurs homologues britanniques.

La montée en puissance de sociétés comme Galderma ou Partners Group dans ce classement traduit aussi une diversification du tissu économique suisse et une montée en puissance de secteurs de niche, comme la dermatologie ou la gestion d’actifs alternatifs. Dans ce nouveau paysage, la performance financière ponctuelle, l’innovation ou le positionnement sur des marchés spécifiques peuvent suffire à justifier des rémunérations élevées, indépendamment de la taille de l’entreprise.

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